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Un film de Martin Provost (France)

"Où va la nuit" Sortie en salles le 4 mai 2011

"Mauvaise pente", le roman de Keith Ridgway a obtenu le Prix Fémina étranger en 2001. C’est une œuvre singulière, foisonnante, polyphonique, construite autour du personnage de Grace, une femme battue résignée, qui un jour se rebelle, commet un meurtre sur son mari et va trouver refuge chez son fils, en ville, en laissant derrière elle, peut-être à l’abandon, la ferme qu’elle exploitait avec son mari.
Dans l’adaptation qu’en a fait Martin Provost, artisan appliqué et quelque part irréprochable, le titre a changé ainsi que le prénom de l’héroïne qui n’est plus Grace mais Rose. L’action a été transportée d’Irlande en Belgique, et des années 90 aux années 2010. Il est interprété par Yolande Moreau qui, en guise d’ interprétation, fait un copier collé de son personnage dont elle avait déjà fait usage dans "Séraphine". Le même personnage opaque, dont on se demande s’il est malin ou naïf, s’il est inoffensif ou inquiétant et auquel elle ajoute ici, une constante fixité du regard qui a parfois, mais pas toujours, sa justification.
Yolande Moreau est sans doute une des rares comédiennes populaires, capable sur son seul nom, de faire d’un film, un succès en salles et il est certain que, ni "Séraphine" ni "Où va la nuit" n’aurait vu le jour sans sa participation
Or, l’exploitation jusqu’à la corde de ce qu’on pourrait appeler son "fonds de commerce" finit par produire un effet de lassitude. Car quand on ne filme pas en gros plan son visage absent, c’est sa silhouette de femme enveloppée et ordinaire qu’on voit se faufiler à travers les rues de Bruxelles et si son regard est sur exploité, ne le sont pas moins sa silhouette de femme pressée ou sa démarche lourde de paysanne endimanchée.
Naïvement, Rose a cru trouver une rédemption en s’installant en ville, à partir de quoi elle construit, instinctivement et peut-être en toute naïveté, sa nouvelle existence. Mais est-elle vraiment si convaincue que les traces de son crime qu’elle a lavées à grande eau ne seront jamais découvertes ?
Il faut attendre le troisième tiers du film pour qu’avec l’apparition de Madame Talbot, la logeuse, le récit prenne une autre dimension et sorte d’une certaine torpeur. Madame Talbot (magnifique Edith Scob) est une femme imprévisible et l’intérêt qu’elle porte à Rose est et restera jusqu’au bout totalement mystérieux.
On peut aussi citer à l’actif du film le jeu efficace et tonique de Pierre Moure qui joue le fils de Rose.
" Où va la nuit" reste l’œuvre d’un bon fabriquant de cinéma, efficace, soigneux, méticuleux. L’image d’Agnès Godard est belle, les décors sont très bien et les seconds rôles existent. Mais tout ça est un peu lisse, un peu "propret". On aurait aimé plus d’aspérités au récit comme c’était dans le livre.
Francis Dubois

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