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Un film de Serge Garde (France)

"Outreau, l’autre vérité" Sortie en salles le 6 mars 2013

L’affaire Outreau est définitivement ancrée dans les esprits comme le symbole de l’erreur judiciaire.

Il aura peut-être suffi de faire taire la vérité, de faire de Fabrice Burgaud un juge d’instruction incompétent et impopulaire, de taxer les enfants de mensonges ou d’affabulation, de faire d’une accusatrice une mythomane pour que les adultes accusés de pédophilie soient acquittés après quatre années derrière les verrous.

Peut-être fallait-il un jour revenir sur les épisodes de ce procès à l’époque très médiatisé.

Au bout de dix ans, alors que les enfants approchent maintenant, pour la plupart de l’âge de leur majorité, le film de Serge Garde décrypte les tenants et les aboutissants d’une affaire qui a profondément marqué l’opinion publique et discrédité l’institution judiciaire.

Des magistrats, des experts psychiatres, des journalistes, des hommes politiques et deux jeunes hommes victimes qui, devenus adultes, maintiennent leurs déclarations de l’époque ,ont accepté de raconter la manière dont ils ont vécu ou perçu cette affaire.

Leurs témoignages sont assez éloignés de ce qu’a retenu la version officielle des faits.

Et peut-être plus encore que ceux qui ont accepté de s’exprimer, ceux qui ont refusé de le faire alimentent, par leur silence, le trouble qui survient et confirment l’existence de zones d’ombre.

Leur liste apparaît au générique de fin du film.

Tout au long de " Outreau, l’autre vérité" apparaît comme une évidence que, pendant le procès, la parole des enfants a été négligée et leurs droits bafoués.

Les audiences se transformaient en foire d’empoigne. Les enfants, faute de place, étaient placés dans le box des accusés. Les avocats de la défense étaient les seuls à s’exprimer dans les médias. Un jeune juge était livré au lynchage de l’opinion pour fautes professionnelles et incompétence, avec la bénédiction des politiques.

Les déclarations des enfants se font bientôt imprécises, contradictoires et les accusés se disculpent les uns les autres, jetant la confusion sur un procès qui est, petit à petit, devenu celui des victimes et du juge d’instruction.

Serge Garde a été instituteur, puis professeur de collège avant de devenir grand reporter à l’Humanité. Il a alors conduit des enquêtes et des contre-enquêtes sur les sectes et sur les mafias. Il a toujours fait valider son travail par des experts.

Il a procédé de la même façon quand il a entamé son enquête sur l’affaire Outreau. C’est ainsi qu’il a obtenu la participation de Pierre Joxe, l’un des sages de la République, ou encore celle de Michel Gasteau, Président honoraire de cours d’assises. Après avoir enquêté sur des affaires pédo-criminelles et découvert un CD-rom contenant 8 500 images compromettantes, découverte dont les médias se sont emparés à la suite de l’affaire Dutroux, on lui a proposé de travailler sur Outreau.

Il a, dans un premier temps, refusé car il gardait de cette affaire comme tout citoyen, la certitude d’une erreur judiciaire.

Cependant, des éléments de l’affaire l’ont troublé. Le fait que les adultes soient présumés innocents et les enfants coupables. L’audition du juge Burgaud devant une commission d’enquête parlementaire, présenté comme un délinquant par les médias, lui est apparue comme un fait anormal.

Lorsqu’il a accepté de se lancer dans les investigations, il s’est dans un premier temps heurté au refus des personnes contactées. La "vérité officielle" pesait lourd ainsi que la certitude qu’il ne faut pas faire confiance aux enfants prédestinés au mensonge.

Le dossier d’instruction complet faisait 30 000 pages. Qui allait s’attaquer à ce monument ?

La parole de la défense a été confondue avec la réalité du dossier, le Parquet s’est muré dans le silence et les jeunes victimes ne pouvaient s’exprimer devant les médias.

Le film de Serge Garde repose en grande partie sur le rétablissement d’un équilibre de l’information.

Finalement Chérif Delay a convaincu d’autres acteurs et témoins du drame de prendre la parole et 26 personnes se seront ralliés au projet, donnant au film une autre tournure.

Une affaire très médiatisée mettant face à des notables des enfants menteurs, des témoins affabulateurs, des familles d’accueil se ralliant à l’opinion publique. Autant d’éléments qui pouvaient laisser le champ libre au projet d’apporter la preuve des carences d’un juge d’instruction….

Un film qui pourrait bien être essentiel pour mettre à jour une autre vérité. A suivre.

Francis Dubois

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