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Un film de Agustí Villaronga (Espagne)

"Pain noir" Sortie en salles le 24 aout 2011

Un des thèmes récurrents du cinéma espagnol, depuis au moins "L’esprit de la ruche" de Victor Erice en 1973, est celui du trauma de la génération née pendant la guerre civile. Après "Balada triste de trompeta" d’Alex de la Iglesia, c’est aujourd’hui "Pain noir" qui est distribué en France, précédé d’une réputation flatteuse (9 Goya, 13 Gaudí, meilleure actrice pour Nora Navas au festival de San Sebastian et le prix Jules Verne au festival du film espagnol de Nantes).

Catalogne 1944. Andreu, 11 ans, assiste aux derniers instants de la vie de son copain et du père de celui-ci, victimes d’un meurtre. Avant de mourir, l’enfant prononce le nom de "Pitorlina". Le père d’Andreu, rapidement suspecté du meurtre décide de s’exiler en France, abandonnant son élevage d’oiseaux et laissant son fils dans un monde gouverné par les femmes. Ce monde de l’obscurité, abrite des femmes vêtues de noir, dans des maisons sans fenêtres, qui se mentent pour continuer à pouvoir vivre. C’est aussi la grotte où Andreu et sa cousine découvriront le secret de Pitorlina, l’ange maudit qui hante le village. A l’inverse le jardin du sanatorium où Andreu va trouver un ami qui lui apprendra à développer ses ailes pour pouvoir s’envoler est un espace lumineux. Entre les deux, la forêt participe des deux mondes. Sombre, elle cache les meurtres, ensoleillée, elle sert de passage entre les maisons obscures, l’école et le sanatorium et abrite les amours. Le travail sur la lumière est remarquable et le Goya et le Gaudi attribués à Antonio Trieste sont amplement mérités.

"Pain noir" et le "Labyrinthe de Pan" se passent en Espagne à la même époque et utilisent des acteurs communs (Sergi Lopez en partisan du franquisme et Roger Casamajor en républicain). Pour Guillermo del Toro, l’issue se trouvera dans la mort, qui permet de renaître dans un monde merveilleux ou l’amnésie (le fils de Sergi Lopez, recueilli par les républicains ne connaîtra jamais son histoire). A l’inverse c’est en sachant précisément ce qu’il doit à chacun et ce que chacun lui doit qu’Andreu trouvera sa voie. A la fin du film, il regardera sa mère s’éloigner, à travers une vitre. Soufflant de la buée sur la vitre, il idéalisera cette vision et la rangera dans la boîte aux souvenirs. A l’inverse de la violence quasi gore mais théâtralisée de la scène d’ouverture, celle qui sourd du dernier plan, n’en fait pas moins froid dans le dos. A cet égard "Pain noir" peut apparaître comme une version (dés)enchantée du "Labyrinthe de Pan".
Francis Dubois

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