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3 contes de Gabriel Abrandes (France-Portugal)

"Pan pleure pas" Sortie en salles le 11juin 2014

De nos jours, en Angola, un jeune homme, Liberdade, braque une pharmacie pour se procurer le viagra qui lui permettra de remédier à l’impuissance sexuelle qu’il redoute.

Au XVIème siècle, le célèbre auteur Camoes, de tradition médiévale ou pastorale, s’égare sous opium dans la jungle indienne en attendant que les autorités portugaises viennent l’arrêter.

En Afghanistan, Cléo, une jeune employée de "Bibliothèque sans frontières", est kidnappée par un seigneur de guerre benêt et maladroit que sa mère oblige à violer une jeune vierge.

Depuis 2007, Gabriel Abrandes a réalisé treize courts ou moyens métrages.
Il a réuni, sous le titre "Pleure pas Pan" trois d’entre eux : "Liberdade", "Taprobana" et "Ennui, ennui" qui sont d’inspiration et de facture très contrastées.

Si ses films ne sont jamais purement satiriques, ils sont construits sur un principe de distance ironique et dans une tonalité souvent frontale et sensuelle.
Ces trois-là abordent les sujets de la globalisation, de la sexualité et la façon dont les désirs individuels influent sur les choix politiques, moraux, esthétiques.
Que ce soit par la diversité des sujets, des époques où se situent ses récits, que par ses partis-pris de mise en scène, Gabriel Abrandes apparaît comme un cinéaste d’une grande liberté montrant un goût prononcé pour l’artifice, pour les "trucs" et les clichés, plaçant ainsi le spectateur dans une position de constante indécision.

Si on peut voir "Liberdade" comme une simple histoire d’amour sur fond de jolis paysages, dans "Ennui, ennui" il se moque de l’impérialisme américain à travers l’autorité des parents et la figure d’Obama et le drone. Mais il n’épargne pas non plus "la bonne conscience" des tribus nomades afghanes dans la représentation qu’il en donne.
Dans "Taprobana", il s’amuse à montrer Luis de Camoès, héros culturel du Portugal (équivalant de Cervantes en Espagne ou de Shakespeare en Angleterre), vénéré pour ses vers épiques sublimes, comme l’adepte d’une vie bohème et triviale. Mais il le montre aussi en filigrane comme un précurseur de la globalisation ou de l’invention coloniale.

Un moment de cinéma inattendu qu’on peut considérer comme un OVNI du point de vue de la production cinématographique courante.
Certains diront : une pépite.

Francis Dubois

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