US Magazine 798 du 13 juin 2020

Pandémie sur les jurys de bac

Jurys et sous-jurys pour la session 2020, commission d’harmonisation pour le français : ces mots pourtant familiers recouvrent une réalité bien différente des usages passés. Les circonstances exceptionnelles que nous traversons n’expliquent pas tout.

C’est une conception purement bureaucratique qui émerge du traitement des dossiers des candidats, aux antipodes des pratiques fondées sur l’appréciation du niveau des apprentissages.

Tardif, approximatif et lacunaire, le cadrage réglementaire des jurys de bac pour la session 2020 a laissé se développer localement des modalités variables de fabrication des notes de livrets scolaires. Et dans ce désordre, des jurys d’un nouveau genre ont donc la mission de restaurer, comme incidemment, l’égalité de traitement entre les candidats, principe pourtant cardinal dans l’attribution d’un diplôme.

Bureaucratie, quand tu nous tiens...

Pour le ministère, l’égalité de traitement est avant tout statistique. Sur la base des taux de réussite et de mention des trois années précédentes, ainsi que des notes obtenues sur deux ans aux épreuves anticipées de français, les jurys, comme les commissions, ont donc eu toute latitude pour augmenter les notes.

Ce « travail de revalorisation de nature nouvelle » comprend une phase d’harmonisation des notes d’examens, à l’échelle collective, par série et par établissement, puis un moment, très réduit dans les faits, de consultation des dossiers individuels.

Un bac sans boussole ?

Certes, ce sont les résultats aux épreuves nationales et terminales des sessions antérieures qui vont servir de jauge, mais dans tous les cas de figures, cette procédure de « péréquation » renforce mécaniquement les inégalités de traitement entre établissements et territoires. Que reste-t-il pour justifier ­désormais le recours au contrôle continu sans être accusé de creuser les inégalités ?

Seuls demeurent des jurys, dans lesquels des enseignants siègent comme autant d’alibis pour masquer la réalité d’une procédure profondément inégalitaire. Expérimentation grandeur nature, la session 2020 est conçue comme le laboratoire d’un baccalauréat dont l’avenir n’a jamais été autant menacé.

Claire Guéville

Autres articles de la rubrique US Magazine 798 du 13 juin 2020

  • Lycée professionnel : du temps et des moyens
    Sigrid Gérardin est cosecrétaire générale du SNUEP-FSU. Elle répond à nos questions sur les conséquences de la crise sanitaire sur les élèves de lycée professionnel. L’US Mag : Quels sont les effets du... Lire la suite (16 juillet)
  • Le hors contrat en embuscade
    Les élèves de Terminale scolarisés dans les établissements hors contrat, considérés comme des candidats libres, auraient dû être soumis cette année aux épreuves de remplacement en septembre. C’était sans... Lire la suite (16 juillet)
  • Rentrée 2020 : quelle sera l’école d’après ?
    Quelles que soient les conditions sanitaires, la prochaine rentrée ne ressemblera à aucune autre. Pourtant, à l’heure de fermer les portes des établissements, rien n’est prêt du côté du ministère.... Lire la suite (16 juillet)
  • Prof bashing – à qui profite le crime ?
    Professeurs tire-au-flanc, décrocheurs, démissionnaires... en quelques jours, les expressions blessantes se sont multipliées, ravivant les clichés contre une profession toujours soupçonnée de ne pas... Lire la suite (16 juillet)
  • Rentrée le 22 juin, sous le signe du mépris
    Le 14 juin : nouvelle allocution présidentielle sur la suite du déconfinement. Encore une fois, les personnels vont apprendre dans les médias des informations essentielles pour leur quotidien. En... Lire la suite (16 juillet)