Actualité théâtrale

Athénée. Théâtre Louis-Jouvet, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 30 novembre 2013

"Pantagruel" Texte de François Rabelais. Mise en scène Benjamin Lazar.

Qu’attend-on de la lecture d’un texte de Rabelais ? Est-il un provocateur, un jouisseur farceur qui ne se prive d’aucun des débordements de la chair, du mot et de l’esprit ? Un fin lettré, un très respectable "père des lettres françaises" que les manuels ont souvent désincarné pour ne pas heurter le jeune lecteur ?

Le lecteur de ce début du vingt et unième siècle se trouve à la fois face au plaisir potache des excès obscènes et à celui de la plume savante la plus soignée.

Le démon est pris de coliques après avoir avalé un huissier. Il gobe une vache comme on goberait un œuf, peut péter à l’église ou mettre du poil à gratter dans le décolleté des dames et se livrer à des jeux de mots empruntés à l’hébreu comme au latin sans se priver de références à Plutarque ou à Pline.

Le spectacle que met en scène Benjamin Lazar au théâtre de l’Athénée commence avec l’énumération du gigantesque arbre généalogique de son héros. La longue liste étourdissante des aïeuls s’achève sur Gargantua et le tout dernier, Pantagruel dont l’arrivée dans le monde aura coûté, tant il était déjà gros et fort, la vie à sa mère.

Gargantua se trouve partagé entre la tristesse que lui vaut son veuvage et le bonheur que lui procure la vue du superbe bébé qui, à peine né, est déjà porté sur les excès de toutes sortes, un penchant dont il ne départira jamais.

Né un jour de grande sécheresse, Rabelais fait de Pantagruel (pan signifie en grec "tout" et gruel "altéré" en moresque), un géant fils de géant et il conserve le thème récurrent de la soif, soif de vin, de livres, de connaissance…

Olivier Martin-Salvan qui a co-adapté le texte n’en est pas à sa première expérience d’acteur avec Benjamin Lazar. Il a également été l’interprète de Valère Novarina qu’on pourrait considérer, par son travail sur le langage, comme un (lointain) héritier de Rabelais.

Olivier Martin-Salvan a du volume, de la voix, le geste ample. L’obscurité du plateau, les lumières qui n’éclairent le plus souvent que sa personne, amplifient encore le personnage.

Son interprétation est savoureuse autant quand il se délecte de la langue de Rabelais que lorsque son jeu flirte avec les codes du one-man show.

On craint un moment la dérive mais les ruptures s’articulent avec bonheur et pour le plaisir du spectateur qui a son compte de divertissement et applaudit à la fin d’une "tirade" sur-jouée.

On sort de l’Athénée contents d’avoir pu revisiter Rabelais en se promettant de se replonger peut-être dans son écriture…

Francis Dubois

Athénée. Théâtre Louis-Jouvet Square de l’Opéra Louis-Jouvet, 7 rue Boudreau 75 009 Paris.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 53 05 19 19

www.athenee-theatre.com

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