Actualité théâtrale

La Colline, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 30 novembre 2013.

"Par les villages" de Peter Handke, traduction Georges-Arthur Goldschmidt. Mise en scène Stanislas Nordey.

Gregor, le frère aîné, romancier, homme accompli, revient dans son village qu’il a quitté depuis des années, sur la demande de son frère et de sa sœur.

Ils lui font la demande de renoncer à ses droits de succession en leur faveur et afin qu’ils puissent continuer à résider dans la maison familiale.

Si l’on s’affronte et si la haine affleure dans les confrontations, la complicité entre les membres de la fratrie résiste avec la mise en commun des souvenirs réciproques.

Ce sont les derniers jours d’un chantier du bâtiment dans un village de montagne. Les ouvriers Anton, Ignaz, Albin et l’intendante racontent chacun son histoire. Ils sont les oubliés, les exploités, vivent dans l’ombre et restent cependant, (mais en sont-ils conscients), "le sel de la terre".

S’ils sont des "silhouettes dans le lointain", ils sont libres à leur façon et ont gardé l’enthousiasme qu’ont perdu les nantis maintenant que la culture les a dépossédés de ses privilèges.

Le théâtre de Peter Handke est celui de la parole, du langage qui dit tout ; une langue de sous-entendus et de consensus.

La parole fait voir l’intime des choses, des faits et des gestes. Les mots deviennent images et le théâtre, récit. Le quotidien devient monumental et l’insignifiant se fait grand.

La pièce de Peter Handke donne la parole aux petites gens, l’intendante du chantier, la vieille femme qui attend la mort, les ouvriers. Elle prend le temps de les écouter et de regarder un monde en train de disparaître.

"Par les villages" est une pièce autobiographique. Handke est issu d’un milieu ouvrier. Sa famille est restée au village alors que lui est parti pour devenir écrivain. Il a préféré l’histoire du théâtre au théâtre de son histoire familiale.

Sa pièce est constellée de références à la tragédie grecque. Les scènes de confrontations entre Grégor et Hans rappellent celles des frères d’Antigone, Etéocle et Polynice. L’intendante ressemble au veilleur des tragédies grecques et les trois ouvriers, Anton, Ignaz et Albin forment le chœur.

Et la vieille femme quand elle voit Gregor et dit :"C’est lui, pas la peine de chercher les cicatrices" renvoie à la reconnaissance d’Ulysse par sa nourrice Euryclée

Quant à la confrontation de Grégor avec sa sœur, Sophie, elle rappelle le retour d’Oreste au palais des Atrides

"Par les villages" est une pièce chorale où les personnages jouent à la fois le chœur et les protagonistes

De longs monologues se succèdent, de longues prises de parole qui se répondent, comme des dialogues et chaque nouveau personnage devient le révélateur de l’autre.

C’est à la fois un théâtre intime et un théâtre épique.

A Avignon, la mise en scène de Stanislas Nordey a divisé le public et la critique, et il était de bon ton de quitter les gradins à l’entracte.

A La Colline, la salle est aussi remplie après l’entracte qu’avant et les applaudissements au moment du salut, sont très nourris.

La mise en scène est fluide, virtuose. L’interprétation est remarquable de Stanislas Nordey (Hans) à Annie Mercier (l’intendante) en passant par Emmanuelle Béart (Sophie). Mais tous seraient à citer.

Francis Dubois

La Colline Théâtre National 15 rue Malte-Brun 75 020 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 44 62 52 52

www.colline.fr

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