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Un film d’ Ulrich Seidl (Autriche-Allemagne-France)

"Paradis : Foi" Sortie en salles le 24 avril 2013

"Paradis : amour" traitait du tourisme sexuel en Afrique et avait pour personnage central une quinquagénaire qui tentait de trouver, au cours de vacances au Kenya, un partenaire qui lui permette de garder confiance en elle et en son corps vieillissant.
Deux autres personnages apparaissaient au début de "Paradis : amour" en même temps que Térésa. Mélanie, sa fille, qui deviendra l’héroïne de "Paradis espoir" et Anna Maria, sa sœur, qui deviendra celle de "Paradis : foi".

Pour Anna-Maria, le paradis a nom Jésus. A tel point qu’elle décide de passer la totalité de ses vacances à prêcher l’amour du Christ auprès de gens de son quartier. Avec comme argument, une statuette de la vierge, elle va de porte en porte et tente de convertir les uns et les autres avec une innocente mais forte conviction.
Alors qu’elle semble avoir trouvé la sérénité dans la prière, l’auto-flagellation, et dans la transmission de la parole de Dieu, surgit dans sa vie, sans crier gare, son mari musulman, parti il y a des années, revenu d’Egypte et maintenant paraplégique.
Une lutte intérieure s’engage alors pour la quinquagénaire austère entre une union qu’elle ne peut renier et la foi inconditionnelle qu’elle voue à Jésus.

Ulrich Seidl a su qu’en Autriche et sans doute en Allemagne, des milliers de statuettes de la vierge, qu’on appelle "Vierges errantes" circulent de maison en maison où, mises en bonne place, elles veillent sur les familles croyantes. De leur présence de plâtre, on attend d’elle, qu’elles guérissent les détresses physique ou psychologique.

L’actrice Maria Hoftstatter a travaillé en collaboration avec Ulrich Seidl et préparé pendant plusieurs années le personnage d’Anna-Maria. Elle est parfaite pour conduire cette lente dérive vers le fanatisme religieux.
Le personnage est prêt à tous les combats, à subir toutes les humiliations pourvu qu’elle soit certaine d’avoir approché une âme au cours d’une de ses visites. Mais le dévouement au Christ trouve ses limites dans l’application même des règles qu’il impose. La charité et la soumission aux devoirs conjugaux impliquent-ils d’une autre façon Anna-Maria pour qu’elle rechigne à s’y soumettre ? Lorsqu’elle est amenée à prendre en compte ses contradictions de croyante et à considérer des carences dans son respect de la religion, elle trouvera refuge dans l’acte d’amour avec Jésus par l’intermédiaire d’un crucifix.
Dès lors, Anna Maria va traverser une période de turbulence morale et si elle garde intacte la force de sa foi, elle devra passer par un temps de doute et de remise en question.

Ulrich Seidl conduit très loin le personnage d’ "Amour : foi", non seulement dans sa démarche militante mais dans la pratique de la prière, dans l’abnégation, dans l’auto-flagellation et dans ce rejet du plaisir qui devrait la rendre totalement irréprochable.
Cependant, une image du film s’est imprimée pendant la projection, celle d’Anna Maria remontant une rue du quartier, chaussures plates et coiffure stricte, son "sac à vierge" sous le bras. A-t-elle conscience qu’elle porte, chemin faisant, un chemisier transparent, légèrement échancré sur le haut du dos ?
"Paradis foi" a obtenu le Prix spécial du Jury à la Mostra de Venise 2012.
Francis Dubois

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