Actualité théâtrale

Á partir du 21 janvier au Petit Montparnasse

« Parce que c’était lui » Montaigne et La Boétie

On est en 1588. Sur scène Montaigne assis à sa table, en chemise, écrit. Derrière lui un grand arbre mort évoque son âge qui avance, il a 55 ans, mais la lumière dorée qui baigne l’espace renvoie au goût de vivre qui caractérise la sagesse de Montaigne. Il est à Paris pour superviser l’impression du livre 3 de ses Essais. Sa réflexion est interrompue par l’arrivée tumultueuse de Marie de Gournay. Elle a 22 ans, l’admire passionnément, désire se mettre corps et âme à son service et à celui de son œuvre mais veut savoir pourquoi il n’a pas, contrairement à sa promesse, publié le livre de son ami La Boétie, mort prématurément et dont il a pourtant dit qu’il était un livre essentiel. Montaigne reçoit en songe la visite de La Boétie. Un dialogue s’instaure entre eux, confrontation des idées entre un La Boétie, mort jeune, qui plaide pour une société libérée de la tyrannie des Rois et de la Religion et un Montaigne plus prudent, plus sage, plus diplomate. Marie de Gournay, qui pense que Montaigne a bel et bien trahi son ami, vient compléter ce triangle amical et amoureux avec ses idées sur la place des femmes et sur leur nécessaire émancipation.

Jean-Claude Idée a écrit et mis en scène ce texte. C’est vif, enlevé, ironique, souvent brillant. Sur fond de guerres de religions qui précèdent l’arrivée sur le trône de Henri IV, la pensée de Montaigne s’y éclaire, avec son amour de la vie, sa défense de la liberté et de la tolérance, sa méfiance vis à vis des extrémismes, sa prudence, que La Boétie considère comme de la pusillanimité. Les disputes qui animent leur dialogue et les interventions de Marie de Gournay renvoient à des débats actuels autour de l’engagement, de la liberté, du pouvoir et de son acceptation, de la place des femmes. Emmanuel Dechartre incarne un Montaigne vieillissant et diplomate au point d’en être, comme le dit La Boétie, « le prince des accommodements », Adrien Melin a la jeunesse de La Boétie, révolutionnaire et anarchiste, « le prince de l’intransigeance », dit Montaigne. Katia Miran complète avec grâce et fougue le trio et on sort du théâtre avec l’envie de se replonger dans Les Essais.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Petit Montparnasse

31 rue de la Gaîté, 75014 Paris

Réservations : 01 43 22 77 74

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours.

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La peau de l’eau »
    Un jour au pied du phare dont il est le gardien, August a découvert un canot. A son bord un homme mort et un bébé enveloppé dans un châle. Philomène la femme d’August, qui vient de faire une... Lire la suite (1er décembre)
  • « La vie est belle »
    En 1946, Franck Capra signait La vie est belle , une sorte de joli conte de Noël moderne, qui est toujours considéré comme un classique du cinéma américain. Stéphane Daurat, qui avait déjà adapté pour... Lire la suite (27 novembre)
  • « Le paradoxe amoureux »
    Philippe Honoré poursuit sa collaboration avec le metteur en scène Philippe Person, en adaptant l’essai de Pascal Bruckner, où celui-ci explore les multiples visages du sentiment amoureux, le désir,... Lire la suite (27 novembre)
  • « L’expérience de l’arbre »
    En 2008 le jeune acteur Simon Gauchet s’initie pendant un mois au Japon au théâtre Nô de l’école Kongo avec un maître, Tatsushige Udaka. À la fin de sa formation, alors qu’il doit repartir en France, il... Lire la suite (22 novembre)
  • « Nous pour un moment »
    Stéphane Braunschweig adapte pour la quatrième fois un texte du très inventif dramaturge norvégien Arne Lygre. Dans cette pièce se rencontrent, en six séquences assez brèves, une vingtaine de... Lire la suite (21 novembre)