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Un film de Christophe Cognet (France-Allemagne)

"Parce que j’étais peintre" (L’art rescapé des camps nazis) Sortie en salles le 5 mars 2014.

" Je n’ose pas le dire. Je ne devrais pas le dire, mais pour un peintre, c’était d’une beauté incroyable " déclare Zoran Music, déporté à Dachau, à propos des camps de la mort.

Il faut voir dans cette réflexion choquante à quel point, pour ceux qui le pratiquait, l’exercice d’un art était un refuge et produisait l’aveuglement nécessaire à la survie.

Ils ont été nombreux, pour de multiples raisons, à dessiner, à peindre, clandestinement ou sur demande officielle des nazis, les lieux de déportation et les terribles scènes de leur quotidien à Dachau, Buchenwald, à Auschwitz....

Le film de Christophe Cognet mène une enquête inédite parmi les œuvres réalisées dans les camps de la mort.

Il dialogue avec les artistes déportés encore en vie et avec les conservateurs de ces œuvres signées ou anonymes et nous amène à contempler longuement dessins, croquis, lavis, peintures conservés dans les fonds en France, en Allemagne, en Israël, en Pologne, Tchéquie, Belgique ou Suisse.

Ils étaient une dizaine d’artistes à Buchenwald et tout autant dans les autres camps de la mort à peindre ou dessiner sur du papier provenant des bureaux des SS, du papier de récupération, du papier d’emballage, clandestinement, à la hâte, ou de mémoire.

"Quand on dessinait, on ne pensait pas" dit l’un des rescapés. Mais, dessiner ou peindre tout en étant un dérivatif à l’horreur, pouvait être un acte de résistance, un combat politique quand il affirmait une certaine forme d’art contre la politique culturelle des nazis.

Le travail des artistes, dans de telles conditions, quand la mort menace à chaque instant, quand la faim tenaille, est aussi d’arriver à comprendre, parfois par fragments, parfois de manière plus globale, ce qui est en train d’arriver autour d’eux.

Dessiner, peindre, c’était faire un effort de la pensée.

Pour des raisons matérielles, la plupart des œuvres réalisées dans les camps ont été des dessins. Les peintures, les aquarelles ont été réalisées plus tard quand s’est imposée pour certains la nécessité de revenir sur un passé douloureux.

La représentation au crayon, à l’encre, des chambres à gaz auxquelles aucun témoin n’avait accès, est née de l’imagination des artistes, peut-être pour tenter de percer le mystère de l’horreur, d’approcher l’état de cruauté extrême qui guidait les tortionnaires.

L’un des artistes a réalisé presque vingt ans plus tard, une peinture qui représente, dans une chambre à gaz la même femme (enceinte), aux différentes étapes du supplice depuis son entrée dans l’espace exigu, jusqu’à sa chute au sol.

Toutes les œuvres, la plupart par la simplicité du trait de crayon, sont terrifiantes mais c’est quand le cinéaste amène à leur superposition le plan fixe d’une vue d’un camp et le dessin lui correspondant que la réalité surgit réellement. Le plan fixe représente un espace désert, entouré d’un espace vert. Il se dégage de la fixité de l’image une sorte de sérénité jusqu’à ce que vienne s’y superposer le dessin tracé soixante-dix ans plus tôt représentant des silhouettes faméliques ou des charrettes chargées de cadavres.

Brusquement, le décor paisible est habité par l’horreur.

Le réalisateur lit certains témoignages, en écoute d’autres, laisse libre cours à la parole. Le reste n’est que photographies de ce qu’il reste des camps de concentration aujourd’hui et reproductions des œuvres témoins.

Un film qui, sans pousser à l’émotion, éclaire sur ces artistes "extrêmes" que furent ces peintres et cet art rescapé des camps nazis.

Francis Dubois

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