Année 2017-2018

ParcourSup ou le tri social . Que faire en conseil de classe ? (Créteil)

Le jeudi 15 mars les organisations lycéennes (SGL, UNL, UNL-D, Fidl) appellent les lycéens à se mobiliser et à manifester pour dénoncer ParcourSup et sa logique délétère pour leur avenir, ainsi que les projets de réformes du bac.
Le SNES-FSU a déposé un préavis de grève pour tous les collègues desirant se joindre à la mobilisation.

Le jeudi 22 mars, l’interfédérale (FSU, FNEC-FP-FO, FERC-CGT, SUD éducation, SUNDEP-solidaire avec SOLIDAIRES étudiant.e.s, UNEF, UNL, SGL et les associations (ASES, SLU) appellent les personnels, les étudiants, les lycéens à participer à la grève et aux manifestations, avec l’ensemble des fonctionnaires, pour un service public ambitieux et de qualité.

Le décret et les arrêtés définissant le cadre règlementaire de la nouvelle procédure d’orientation post-bac ParcourSup ont été publiés le 9 mars (décret ici : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/... , arrêté ici : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/... ) après des semaines de fonctionnement sans base règlementaire.

Le projet de décret a été examiné en conseil supérieur de l’Education le lundi 5 mars. Fait rare, ce texte n’a reçu aucun vote pour. Détail des votes Pour : 0, Contre : (FSU, CGT, FCPE, UNEF, solidaire, FO) 36, Abstention : 21 (dont CFDT), Ne prend pas part au vote : 3 (SNALC).

Force est de constater qu’au lieu de simplifier la procédure d’orientation , ce texte règlementaire réussit à la complexifier davantage, permettant ainsi un vrai tri social !

Parmi les dispositions inadmissibles , on note celle prévoyant l’annulation de toutes les demandes en cas d’absence de réponse de l’élève suite à des propositions d’admission :

- Lorsqu’un candidat reçoit une proposition d’admission, qu’elle soit subordonnée ou non à l’acceptation d’un dispositif d’accompagnement pédagogique ou d’un parcours de formation personnalisé, il indique, via la plateforme Parcoursup, s’il l’accepte ou la refuse, dans un délai précisé dans le calendrier prévu à l’article D. 612-1-2 ( Nb : jusqu’au 25 juin : 7 jours de délai, du 26 juin au 3 aout : 3 jours de délai, à partir du 24 aout : 24 heures !!)
« A défaut de réponse dans ce délai, le candidat perd le bénéfice de la proposition d’admission qui lui a été faite. Si, à l’issue d’un nouveau délai précisé par le même calendrier, le candidat n’a pas confirmé, via la plateforme, le maintien des autres vœux d’inscription qu’il a formulés dans le cadre de la procédure nationale de préinscription et des placements sur liste d’attente dont il bénéficie en application du II, il est réputé y avoir renoncé.

Voila comment le gouvernement gére la pénurie de places dans le supérieur : si un élève oublie de se positionner dans les délais impartis sur une des propositions d’admission qui lui sera faite, il perd ce vœu. Si il ne confirme pas ensuite le maintien des autres vœux (qu’il aura pourtant déjà confirmés avant le 31 mai !) dans le délai imparti, il perdra tous ses vœux et sortira de ParcourSup.

Les conséquences sont prévisibles : des milliers d’élèves vont être radiés de ParcourSup, faute de temps pour se positionner, pour répondre en toute connaissance de cause aux propositions qui arriveront au fil de l’eau pendant toute la période de réponse. La procédure de réponse, extrêmement complexe, va pénaliser les élèves les moins au fait des subtilités du système scolaire.
Cette disposition est à l’image de la logique qui a présidé à l’élaboration de ParcourSup : la volonté de trier les élèves et d’en empêcher un grand nombre de poursuivre ses études.

Les conseils de classes arrivent, que faire ?

Les conseils de classes approchent. Les professeurs de terminale, notamment les professeurs principaux, croulent sous de nombreuses injonctions pour mettre des avis, remplir la fiche avenir, mettre des appréciations. Dans le détail : moyenne et appréciation trimestrielle sur le bulletin, appréciation du professeur sur ParcourSup, fiche avenir avec les 4 pavés « éléments d’appréciation » et une appréciation possible, avis sur la cohérence du projet et la capacité à réussir et enfin, appréciation ! N’en jetez plus, la coupe est pleine !

Face à une charge de travail croissante, aller au plus simple !
Cette procédure technocratique n’a qu’un seul but, faire porter aux personnels la responsabilité de trier les élèves, d’assumer les responsabilités politiques que le gouvernement se refusent à prendre (comme par exemple investir dans le supérieur). Ce n’est pas le rôle des enseignants du 2d degré. Les conseils de classe risquent de se transformer en marathon et en discussion interminables sur tel avis, telle partie de la fiche avenir.

Dans les universités, aucun moyen n’a été donné par faire face à la réalité tangible de l’étude de plusieurs millions de vœux et de dossiers. Avec dix vœux pour 900 000 demandeurs, ParcourSup va générer potentiellement neuf millions de vœux….(sans compter les vœux multiples !)
On sait déjà que les universités vont pondérer certaines notes en fonction des exigences de la filière. Pondérations qui permettront une sorte de pré-tri et un classement des dossiers de candidatures préalablement à une éventuelle lecture des dossiers. Qui va vraiment lire les avis, les projets motivés des élèves, les fiches avenir, les éléments d’appréciation complémentaires ?

Le conseil de classe peut très bien se dérouler comme les années précédentes sans entrer dans le jeu pervers de ParcourSup.
Le SNES-FSU appelle à se positionner favorablement sur les vœux universitaires, afin de ne pas barrer la route à l’enseignement supérieur aux élèves et à remplir les fiches avenir le plus positivement possible. Le SNES-FSU appelle les professeurs principaux à saisir « très satisfaisant » dans le pavé des éléments d’appréciation de la fiche Avenir, et appelle les conseils de classe à proposer au chef d’établissement de porter un avis très favorable sur tous les dossiers pour ne bloquer aucune orientation dans le supérieur .

Dans la pratique :

- L’avis « chef d’établissement » :
comme son nom l’indique, la responsabilité en incombe en définitive au chef d’établissement, et non aux professeurs principaux et/ou aux équipes. Les années précédentes, des avis étaient portés sur les filières sélectives uniquement. En mettant un avis favorable aux vœux universitaires, on se retrouve dans la même configuration que l’an dernier, sans travail supplémentaire et prolongation nocturne des conseils de classe.

- La fiche avenir
les pavés de la fiche avenir sont redondants avec les appréciations disciplinaires et, en ce qui concerne le dernier item (engagement qui correspond, selon les textes, à la participation aux instances du lycée, à la vie association au lycée ou en dehors, à des activités bénévoles, des stages en entreprise, une mobilité à l’étranger), il revient à se positionner sur les qualités d’un individu et non d’un élève et sur des pratiques très marquées socialement. Ce n’est pas le rôle du professeur principal et des équipes. Cet item n’a pas être à complété (absence d’éléments d’évaluation) ou doit être complété positivement

- L’appréciation disciplinaire :
selon la configuration choisie par l’établissement, elle peut être la bascule de l’appréciation du bulletin du 2d trimestre, sans avoir besoin de saisir une nouvelle appréciation.
Si les équipes se sont toujours prononcées sur les poursuites d’études dans des filières sélectives, l’accès à l’université a jusqu’ici été libre et doit le rester. C’est la garantie pour les élèves de pouvoir poursuivre leurs études dans le supérieur, d’élever leur niveau de qualification. 80% des bacheliers qui sont entrés dans l’enseignement supérieur y ont obtenu un diplôme, ce qui place la France au-dessus de la moyenne de l’OCDE et loin devant certains pays pourtant souvent cités en modèles, notamment les pays scandinaves. On est loin des fantasmes sur les échecs du système universitaire français.
L’expérience montre que de nombreux élèves construisent leurs projets progressivement, peuvent se tromper, se réorienter. Ce déni au droit de se tromper, au droit de ne pas savoir quoi faire, montre le peu de considération avec laquelle le gouvernement traite la jeunesse. A 18 ans, un élève devra donc avoir un projet précis, ne jamais perdre de temps, ne jamais hésiter, sans avoir le droit à l’erreur.

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