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Parcoursup : rapport de la Cour des comptes ou la stratégie du presse citron !

Malgré la communication ministérielle débridée depuis la mise en place de Parcoursup, la réalité finit par refaire surface.

Le rapport de la Cour des comptes paru en février 2020 pointe un certain nombre de dysfonctionnements que le SNES-FSU avait anticipés :

  • Une aggravation de la sélection sociale par le biais des attendus dont les critères ne sont toujours pas publiés (et pour cause, puisque certaines universités n’hésitent pas à prioriser des disciplines ou le lycée d’origine pour trier les candidats !)
  • Une dégradation de la situation des bacheliers professionnels et technologiques faute de création de places en STS et DUT
  • Une offre inégale selon les territoires, donc des possibilités de poursuite d’études très contraintes socialement
  • La persistance des effets de renoncement d’origine sociale
  • Une complexification des procédures qui accroissent l’anxiété des élèves et la pression à des choix « plus réalistes » sur les plus démunis.

De plus, la Cour des comptes pointe la fragilité du dispositif technique et les risques d’erreurs et de ruptures de service. Finalement, le gain de cette réforme en comparaison avec APB est faible. En effet, le même nombre d’élèves accepte au final une proposition, soit 65%.
Enfin, elle met en garde contre le recours au PIA (Projet d’investissement d’avenir) qui a vocation de financer des investissements d’avenir car «  l’orientation des élèves est un objectif national qui doit être mise en œuvre sur tout le territoire ». Et de préciser : « Faire reposer sur des appels à projets sélectifs, le bon fonctionnement actuel de la politique d’orientation méconnaît l’objectif d’égalité des élèves dans leur accompagnement au lycée, quel que soit leur académie ou leur établissement  ».

Pressurer jusqu’au burn-out ?
Si les rapporteurs soulignent le besoin d’un accompagnement humain en plus de l’information, ce n’est pas pour proposer un recrutement des PsyEN EDO à la hauteur des besoins, mais plutôt, une augmentation du temps de travail, en référence à un précédent rapport de l’Inspection générale des finances (« Rapport sur le temps de travail des fonctionnaires », mars 2019). Il faudrait « aligner le temps de travail des PsyEN sur le régime légal des 35h. Selon l’inspection générale des finances, ces derniers auraient une durée de travail effective de 1300 heures par an, bien en dessous du seuil légal de 1607 heures (gain 35 M€)  »

Les rapporteurs de la Cour des comptes feignent d’oublier que les PsyEN EDO ont en plus d’un certain nombre de missions à effectuer pendant leurs 27h hebdomadaires de présence, une série de missions supplémentaires, à savoir, la rédaction des écrits psychologiques (établissement de protocoles, cotation, compte rendu et interprétation), la préparation des bilans et des réunions de synthèse, la consultation de documentation professionnelle, les activités d’études et de recherche (article 3 de l’arrêté du 9 mai 2017).

Il ne s’agirait donc pas de faire passer l’horaire hebdomadaire de 27h à 35h mais à 44h ! En effet, les missions précisées dans l’article 3 resteront à effectuer en dehors du temps de travail inscrit à l’emploi du temps !

C’est en récupérant quelques milliers d’euros ici et là (PsyEN à 44h, obligation pour les professeurs en sous-service d’assurer l’accompagnement des élèves, suppression des décharges syndicales) que la Cour des comptes envisage la revalorisation de l’indemnité des professeurs principaux qui n’auront de toute façon pas le choix !

L’insistance sur le peu de présence des PsyEN dans les collèges et les lycées aurait pu être rapportée à la mise en extinction progressive du corps des CO-Psy, programmée de 2007 à 2012. Avec des recrutements réduits à 55 par an pendant 7 ans, et aujourd’hui à 75, comment imaginer que leur action puisse être plus visible et efficace ? Il est d’ailleurs remarquable que, malgré cette « placardisation » déguisée, 56% des collègues parviennent encore à participer aux conseils de classe de leurs 3 ou 4 établissements !

Il s’agit bien d’une volonté politique d’écarter les PsyEN de l’accompagnement de tous les élèves, pour transférer leurs missions aux enseignants. Feindre de s’étonner des dysfonctionnements d’un système que l’on s’est attaché à torpiller depuis plusieurs années, relève de la perversité !

Mais les PsyEN ne se laisseront pas intimider par ces rapports à charge dont l’unique préoccupation est gestionnaire. Il faut continuer à défendre nos droits et faire respecter les textes qui régissent nos conditions d’exercice.

Collectivement, on est plus fort !

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