Autour du Jazz

Paris, Ville Lumière du jazz Ray Charles et Sinatra

La fin des années 1950 et le début des années 60 sont des années fastes pour le jazz, la soul music comme le rock. Paris, capitale des capitales, prend toute sa place dans ce déferlement de création. Le public parisien fera du « Genius », Ray Charles, la grande vedette, la star de la soul music qu’il sera jusqu’au bout de sa vie.

Cette collection, « Live in Paris », fait la preuve de sa nécessité majeure à la fois pour faire un travail de mémoire fondamental et pour redonner vie à ces concerts qui ont marqué de son empreinte indélébile toute une génération.

Ray et son orchestre de jazzmen se produisent au Palais des Sports – c’est complet – les 20-21 octobre 1961. Une date sanglante pour la France. Le FLN a décidé de manifester et la répression fut sanglante. La Seine allait charrier des corps d’Algériens morts et Charonne allait laisser sur le carreau des manifestant(e)s venu(e)s protester contre cette résurgence d’une période que les contemporains croyaient appartenir au passé. Michel Brillié, responsable de ces publications, cite une extrait de l’autobiographie de Ray Charles qui prétend – faut-il le croire ? – avoir reçu des assurances du FLN que ses concerts ne seraient pas perturbés. Il arrive que la réalité fasse preuve de plus d’imagination que l’imagination la plus fertile. Curieuse relation entre jazz et politique dans la France de ce temps où les jeunes manifestants étaient aussi des jazz-fans conséquents.

Ce contexte explique, peut-être, l’électricité qui parcourt musiciens et publics dans une sorte de communion grandiose. Pourtant, les moyens techniques ne sont pas totalement à la hauteur.

Du 17 au 21 mai 1962, Ray revient avec quasiment le même orchestre et les Raelettes à l’Olympia et la technique suit. De quoi découvrir les musiciens. Don Wilkerson, par exemple, au saxophone ténor que l’on entend dans « Comme rain or come shine » ou David Newman, tous deux jazzmen jusqu’au bout des ongles. Le premier a enregistré pour Blue Note, le deuxième beaucoup pour Atlantic. Il faudrait citer tous les musiciens, tous sont des jazzmen reconnus…

Presque tout le répertoire de Ray Charles, passé depuis à la postérité, est fouillé avec en prime le public surexcité. Des concerts qui ne peuvent vieillir.

En juin de cette même année 1962, Paris accueille pour la première fois – il a 46 ans – Frank Sinatra pour des concerts au profit d’organisations caritatives. Le chanteur, « The Voice », a besoin de se refaire une réputation. Il a été par trop mêlé aux affaires de la mafia. Aujourd’hui, on sait qu’il était difficile à son époque de se passer du soutien de la mafia qui détient tous les leviers du show biz…

Il reste cette voix à nulle autre semblable. Comme l’a dit Bing Crosby à propos de Frank, « une voix comme celle-là, il n’y en a qu’une par siècle… pourquoi fallait-il que ça tombe sur moi ? » Une plaisanterie douce-amère, Bing a été l’initiateur de Frank et il a été beaucoup copié…

Frank donc est à Paris. Au Lido de Paris d’abord, connu pour ses Girls, le 5 juin puis à l’Olympia, le 7. Un show bien réglé. Peu d’émotion ici sinon un chanteur dans la plénitude de ses moyens. Dans ce même Lido se produit Dean Martin qui ne chante que le début de ses chansons et conclut « si vous voulez entendre la suite, achetez le disque… » Il n’a pas tort. Le concert n’apporte pas grand chose sinon de voir l’artiste. A la différence de Ray Charles, l’électricité est absente. Les grandes causes obligent à la raideur comme le costume empesé qu’enfile Frank avant chaque représentation pour se différencier du commun.

Un témoignage pourtant nécessaire. Découvrir Frank dans ce contexte apporte une nouvelle pierre à notre connaissance de cet artiste hors du commun. Il reste Frank Sinatra même si les « standards » qu’il rabâche ne lui parlent plus. A cette époque, il a lancé son label « Reprise » sur lequel il enregistrera avec Duke Ellington et créera de nouvelles chansons. Ce n’est pas le cas ici.

Le groupe de jazzmen derrière lui « fait le job » mais on ne les entend pas suffisamment et c’est dommage. Emil Richard est un vibraphoniste important, Ralph Pena un contrebassiste de la West Coast, Irv Cottler un batteur intelligent et Bill Miller, un pianiste et chef du groupe, qui sait évoquer Bill Evans et tous les grands pianistes qui lui sont contemporains. Se font un peu entendre Al Viola, guitariste et Harry Klee au saxophone alto et flûte.

Le concert s’allume, un peu, à la fin. Frank semble se lâcher… Mais c’est fini… Deux plages à l’Olympia terminent l’album qui font regretter que tout le concert n’ait pas été enregistré ou, peut-être, est-ce pour un prochain ?

Nicolas Béniès.

« Ray Charles, 20-21 octobre 1961/17-18-20- 21 mai 1962 », « Frank Sinatra 5/7 juin 1962 », Live in Paris/Frémeaux et associés .

Dans cette même collection, nous avons aussi recensé « « Quincy Jones », « Georges Brassens »

Pour entendre Frank Sinatra, voir le double CD de la collection Quintessence qui lui est consacré .

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