Actualité théâtrale

Á partir du 7 février à La Pépinière Théâtre

« Parle-moi d’amour »

Le couple qu’a imaginé Philippe Claudel vit ensemble depuis trente ans, habite un quartier huppé et a un appartement au décor design très chic. Au retour d’un dîner avec ses collègues, il l’agace par des remarques acerbes, elle lui reproche de s’aplatir sans dignité devant son patron, il réplique, elle n’est pas en reste, et c’est parti pour une heure et demie de scène de ménage. Elle se moque de sa fixation sur sa carrière et l’ENA qu’il a réussi, il raille ses prétentions culturelles, son addiction à son coach et à son psychanalyste. Tous les sujets vont y passer, le travail, les enfants, les beaux-parents, les animaux domestiques, la décoration de l’appartement, les goûts artistiques, les centres d’intérêt sans oublier la politique et la sexualité. Et, à ce petit jeu, tous les coups sont permis, les pointes perfides qui font mal tout comme la grosse artillerie des insultes.

Théâtre : parle-moi d'amour

Ces répliques brillantes, cruelles et provocantes, qui fusent tel un tir de mitraillette, nous parlent aussi de notre époque, de ces grands bourgeois de gauche tous formés dans le même moule, celui de l’ENA, qui connaissent mieux les cours de bourse que leur chat ou leurs enfants. La mise en scène et la scénographie ajoutent avec légèreté au comique des dialogues. Puisque la dame a une prédilection pour l’avant garde en matière de design, la scénographe Marie Hervé a imaginé un « fauteuil-aloès » hérissé de pointes et un divan désarticulé qui tend à s’effondrer quand Monsieur s’assied un peu vite sous le coup de l’emportement. Pour porter ces répliques où elle lui reproche de ne s’être intéressé qu’à sa carrière et de ne pas s’être intéressé au quotidien de l’éducation de ses enfants et où il moque ses engouements snobs et son goût de l’apparence, il fallait deux acteurs capables de passer de la simple irritation à l’exaspération. Morgan Perez a choisi deux acteurs formidables, Caroline Silhol fine, irrésistible, qui sait frapper là où ça fait mal et Philippe Magnan plus retenu mais aussi plus hypocrite.

La pièce dépasse notre époque. Elle révèle ce qu’il y a de difficulté à vivre ensemble quand les premiers émois amoureux ne masquent plus les petites bassesses du quotidien. Mais au final, qu’est-on prêt à pardonner pour ne pas rester seul ? Quel délice de retrouver sur scène, à travers ces dialogues d’une cruauté hilarante et dans la bouche de ces deux superbes acteurs, ce qu’on n’ose pas toujours se dire.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le samedi à 16h

La Pépinière Théâtre

7 rue Louis-Le-Grand, 75002 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 61 44 16

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Une des dernières soirées de carnaval »
    Goldoni écrit cette pièce alors qu’il s’est décidé à quitter Venise, sa ville qu’il aime tant et qui l’a tant inspiré. Il est lassé de la guerre d’usure que mènent ceux qui, à la suite du Comte Gozzi,... Lire la suite (11 novembre)
  • « Une bête ordinaire »
    Elle a sept ans et demi, des seins comme des clémentines et l’impression qu’une bête sauvage lui crève le ventre. Elle a fait du garage à vélo de l’école sa cabane et y invite des petits garçons à toucher... Lire la suite (8 novembre)
  • « Le présent qui déborde »
    Après Ithaque , Christiane Jatahy continue à voyager dans l’Odyssée pour y trouver ce que ce poème vieux de 3000 ans nous dit du monde où nous vivons. Nous avions été peu convaincus par Ithaque où... Lire la suite (7 novembre)
  • « Tigrane »
    Tigrane disparaît un jour. On ne retrouve sur la plage que son skate et une bombe de peinture. Dans notre pays où l’école ne réussit pas à assurer une véritable égalité des chances, Tigrane semblait mal... Lire la suite (6 novembre)
  • « Place »
    De Place , couronnée par le prix du jury et le prix des lycéens au festival Impatience 2018, Tamara Al Saadi, son auteur dit : « la pièce est née de la nécessité de parler de ce sentiment qu’éprouvent... Lire la suite (6 novembre)