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Un film de Pierre Pinaud (France)

"Parlez-moi de vous" Sortie en salles le 11 janvier 2012

Chaque soir, Mélina, un animatrice radio dont personne n’a jamais vu le visage, répond aux auditeurs qui la sollicitent et dont elle résout les problèmes psychologiques ou sexuels en quelques instants. Au fil des années, elle s’est forgée une belle réputation de conseillère éclairée. Elle a bâti sa célébrité sur l’impertinence de ses réponses, sur son humour caustique et sur une qualité d’écoute réelle ou feinte, qui lui valent de recevoir chaque jour un plein sac de courrier.

Mais cette conseillère polyvalente et efficace est, dans le privé, une femme seule dont la vie est réglée à la minute près, et dont le seul compagnon est un chien, fidèle auditeur des émissions de sa maîtresse.

Pour bousculer cette existence routinière, il faudra que Mélina fasse appel à un détective privé et retrouve trace de sa mère qu’elle n’a jamais connue et qui vit dans une cité populaire de Seine-et-Marne.

" Parlez-moi de vous" est un premier film maladroit qui souffre d’un scénario plutôt mal fagoté et de gros défauts de construction.

On pourrait, à partir de ce constat, le ranger dans la colonne des films qu’on peut ne pas voir.

Or, quelque chose se faufile d’indécelable dans ce récit chaotique, qui tourne les défauts en avantages. Les maladresses finissent par produire un ton particulier, diffuser un charme et cette histoire, au départ toute de guingois, se retrouve miraculeusement debout.

Ce rétablissement qu’on n’a pas vu venir et que l’on constate alors qu’il est déjà secrètement survenu, était-ce la volonté du metteur en scène ou le hasard heureux d’une réalisation brinquebalante mais inspirée ?

Il faut remonter au court métrage qui obtint un césar en 2009 pour mieux entrer dans le mystérieux fonctionnement de "Parlez-moi de vous" . Le décor stylisé de "Les miettes", dans lequel évoluait une ouvrière d’usine, n’est pas très éloigné de celui des studios de radio que fréquente quotidiennement Mélina, et la jeune fabricante de pizzas en série pourrait être la cousine pauvre de l’animatrice radio. La même répétition des gestes, la même efficacité routinière.

On peut se demander aussi ce que serait "Parlez-moi de vous" s’il n’y avait, en tête de distribution, Karine Viard, valeur sûre du cinéma français. Elle aurait pu faire de Mélina un personnage attendu de vieille fille égarée dans son anonyme célébrité. Mais au lieu de réalisme, elle "stylise" son jeu et donne au final, à force de mimiques appuyées, de regards effrayés, une sorte de présence de carton-pâte tout à fait surprenant.

Nicolas Duvauchelle est très bien dans le rôle un peu sacrifié de l’ouvrier photographe de talent qui tombe amoureux de Mélina.

Un film qui triomphe de ses insuffisances. Voilà qui justifie qu’on fasse le détour…

 

Francis Dubois

 

 

 

 

 

 

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