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Un film de Lucas Belvaux (France-Belgique)

"Pas son genre" Sortie en salles le 30 avril 2014.

Clément, jeune professeur de philosophie, écrivain et parisien "profond", est affecté pour une année dans un lycée d’Arras. Il anticipe sur l’ennui qu’il lui faudra affronter pendant les trois jours de la semaine sur lesquels sont regroupées ses heures de cours.

Lorsque son chemin croise celui de Jennifer qui travaille dans un salon de coiffure du centre-ville, dévore les revues "people", connaît les intrigues amoureuses des stars hollywoodiennes sur "le bout des doigts" et passe ses soirées de week-end dans les karaokés avec ses copines, il est troublé, malgré le fossé qui le sépare d’elle.

Lorsque Jennifer devient sa maîtresse, il sait qu’il ne s’engagera pas plus loin avec elle qu’il ne l’a fait avec ses précédentes liaisons.

Mais s’il maintient entre elle et lui les garde-fous habituels, il se trouve dans l’incapacité de résister au charme, à la personnalité spontanée et touchante de Jennifer.

De là à franchir les barrières sociales et culturelles qui le séparent de celle qui n’est pas son genre…

Sur une trame narrative "cousue de fil blanc" (mais pourquoi pas), Lucas Belvaux construit un récit léger au plus près des codes dictés par le sujet : la rencontre contrastée de deux êtres dissemblables, laissant entrapercevoir ici et là que rien n’est joué d’avance entre les protagonistes et que malgré tout, un rapprochement durable n’est pas à écarter.

Jennifer fait un bout de chemin dans ce sens, jouant de sa curiosité naturelle et de son bon sens, de sa spontanéité, alors que Clément qui a toujours veillé à sauvegarder les lignes de rigueur à partir desquelles il a établi la "philosophie" de sa vie, est beaucoup plus réticent.

Les allées et venues narratives du récit auraient pu fonctionner si toute la "responsabilité" du sujet n’incombait qu’au seul personnage de Jennifer.

Si Jennifer "pèse son poids" dans l’histoire, on ne peut pas en dire autant du personnage de Clément qui ne parvient à être pleinement convaincant dans son "intégrisme" de réfractaire aux sentiments qu’à de rares moments. Pédagogue du cliché, il est avant tout un phraseur et un lecteur insistant et parfois assommant.

Le tort revient-il à l’écriture du personnage ou à l’interprétation de Loïc Corbery, mais le Clément de l’histoire n’est tout à fait convaincant, ni dans la demi-teinte, ni dans le grossissement du trait.

Reste la performance d’Émilie Dequesne à qui le film de Lucas Belvaux doit tout. Elle est rayonnante, superbe, émouvante tout à la fois. Les images qui resteront du film sont parmi celles où elle apparaît, notamment celles du dernier karaoké ou encore celles du carnaval de la ville.

Le sujet était mince. Le film l’est aussi, mais agréable à regarder. (Lucas Belvaux joue avec bonheur avec la (les) couleur(s))

Mais une question vient à l’esprit : le sujet un peu frivole de " Pas son genre" convenait-il à Lucas Belvaux ?

Était-ce vraiment "le genre" qui convenait à un cinéaste habitué à plus de gravité dans ses choix ?

Francis Dubois

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