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Un film de Jihane Chouaib (France)

"Pays rêvé" Sortie en salles le 31 octobre 2012

Wajdi Mouawad, le dramaturge qu’on connaît, Katia Jarjoura, journaliste-réalisatrice, Nada Chouaib, danseuse, Patric Chiha, réalisateur et la réalisatrice du film Jihane Chouaib ont en commun le fait qu’ils sont des "libanais de l’étranger".

Ils appartiennent à la même génération, celle dont l’enfance a été marquée par la guerre civile et l’exil.

Patric Chiha est né en Autriche, a étudié à Bruxelles et vit à Paris. Katia a grandi au Canada, travaillé au Moyen-Orient, a fait un crochet par le Liban avant de s’installer à Paris. Wajdi Mouawad est passé de Beyrouth à Paris, de Paris à Montréal avant de faire le choix de devenir définitivement nomade. Nada a vécu au Mexique, en France, au Gabon, en Italie avant de se fixer à Jerez de la Frontera, en Espagne.

Ces allées et venues, tâtonnements, hésitations révèlent la difficulté à conquérir la liberté de réinventer son identité.

Que reste-t-il de son pays d’origine lorsqu’on a vécu toute sa vie dans un autre ou d’autres pays, à parler une autre, d’autres langues, à se confronter à d’autres cultures ?

Si on se sent étranger dans son propre pays, peut-on encore s’en réclamer, imaginer qu’on pourrait y faire sa vie.

Jihane s’en tient aux faits, aux témoignages mais ne veut dramatiser en rien. Cette sorte d’exil n’est-il pas simplement une forme plus extérieure, plus aiguë d’une recherche identitaire qui concerne chaque habitant de la planète ?

Une phrase de Wajdi Mouawad a marqué le travail de préparation du film de Jihane Chouaib :"L’enfance, comme un couteau planté dans la gorge". Une manière de dire que la guerre, même si aucun des personnages du film ne l’a vécue dans le danger de chaque instant, sous les bombes, continue à vivre en eux et à les "constituer".

Faut-il avoir vécu la guerre pour se prétendre libanais ?

Chacun des quatre participants au film met la question de l’identité non seulement au centre de sa vie, mais au centre de son travail d’artiste et pour chacun, le séjour qu’il a fini par faire au Liban, constitue un moment charnière dans sa quête identitaire.

Un moment de réhabilitation au cours duquel il a réinventé son enfance, sa famille, son intimité profonde.

Pourtant chacun, peut-être au nom d’une sorte de trahison, établit avec son pays d’origine des liens plus collectifs. Wajdi Mouawad fait référence à la Méditerranée antique, Patric Chiha renvoie à l’imagerie de la période dorée des années 60, les histoires de Nada portent la noire fascination de la guerre et Nada est à la recherche d’une part d’Orient plus sensorielle restée silencieuse.

Le projet de " Pays rêvé" remonte à 2006. Les événements qui ont frappé le pays cette année-là, ont annulé chez la cinéaste tout désir de réaliser une fiction et son projet de film après plusieurs années de tâtonnements s’est résumé à la nécessité de traduire, à travers une mosaïque de matière très diverse, une sensation qui s’appellerait "Liban".

En dépit de quelques longueurs, de séquences appliquées et inutiles, celles qui touchent au personnage de Nada, la danseuse, le film remplit son contrat, celui de conduire à une réflexion plus universelle à propos de l’exil, le parcours que réalise tout être humain quand il déserte le monde de son enfance, même s’il demeure dans le même pays d’adoption.

Francis Dubois

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