Actualité théâtrale

Jusqu’au 8 juin au Théâtre de la Tempête, partenaire Réduc’Snes

« Peer Gynt »

Œuvre à part dans les écrits d’Ibsen, Peer Gynt est une fable imprégnée de fantastique, une farce douce-amère où le héros parcourt le monde en quête de son identité, rêvant de dominer le monde, avant de revenir à la fin de sa vie à son point de départ.

Peer Gynt, le héros, plutôt un anti-héros, est hâbleur, bagarreur, rêveur et irresponsable. Au cours d’un mariage, alors qu’il vient d’obtenir la promesse de la main de Solveig dont il est amoureux, il enlève la mariée, la déflore puis l’abandonne. Contraint de fuir, il séduit la fille du roi des Trolls. Sur le point de l’épouser avec l’espoir de devenir roi ensuite, il comprend qu’il doit pour cela renoncer à sa condition d’homme. En danger, il fuit, rejoint sa mère mourante puis quitte la Norvège. On le retrouve des années plus tard en Afrique, riche marchand d’esclaves, aspirant à devenir Empereur de la terre entière. Ruiné par son associé, victime d’un naufrage, il se retrouve isolé dans la brousse, dans la seule compagnie des singes, puis prophète dans une tribu de sauvages. Dépouillé de ses derniers biens par la belle Anitra, il devient empereur des fous dans un asile du Caire et finit, vieux et pauvre, par revenir en Norvège. Il y retrouve la belle Solveig qui l’a attendu et meurt, bercé par elle.

Comment mettre en scène une pièce de sept heures, qui nous entraîne dans les mondes les plus divers et qui comporte quarante personnages ? Christine Berg y réussit en deux heures dix, avec sept acteurs et deux musiciens ! La scène est une baraque de foire avec un rideau transparent que l’on ouvre et ferme et qui laisse apparaître monstres, sorcières, trolls et fous ou la belle Anitra. Un lit que l’on déplace est l’abri de la paresse de Peer Gynt et le lit du dépucelage d’Ingrid, la jeune mariée. C’est aussi sur ce lit que Peer Gynt retrouve sa mère mourante. Il en fait un carrosse dans lequel il l’emporte au galop vers saint Pierre. C’est enfin sur ce lit qu’il s’apaisera sur les genoux de Solveig, bercé comme un enfant, ayant enfin compris le sens de la vie et l’inanité de sa poursuite du bonheur à travers des rêves de richesse et de puissance. Christine Berg réussit à nous égarer dans ce conte fou et nous aide à y retrouver notre chemin. De belles images s’imprègnent en nous : merveilleux petit trois-mâts en ombre chinoise qui ramène notre héros en Norvège ou squelette collé au dos du héros, qui se déplace avec lui, lui rappelant sa condition alors qu’il se rêve encore en maître du monde. Les années passent, les lieux défilent, on suit Peer Gynt dans tous ses détours pour éviter de « n’être qu’un bouton brillant sur le gilet du monde » et pour être lui-même et personne d’autre.

Les costumes nous introduisent dans le monde des monstres des légendes nordiques et le travail délicat sur les éclairages contribue à l’impression d’étrangeté et de mystère. Deux musiciens, Gabriel Philippot, qui a écrit la partition, et Julien Lemoine, rythment le voyage au piano, à la trompette, à la flûte et aux percussions. Des chansons permettent, comme chez Brecht, de commenter ou de faire avancer l’histoire. Les acteurs jouent plusieurs rôles, sauf Peer Gynt (Antoine Philippot). Ils sont tous bons et l’on est heureux d’être allé avec eux au bout de ce voyage.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

Théâtre de la Tempête

Cartoucherie

Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36

www.la-tempete.fr

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