Actualité théâtrale

Théâtre de Belleville, jusqu’au 4 mars 2018

« Penser qu’on ne pense à rien, c’est déjà penser quelque chose » Texte et mise en scène Pierre Bénézit.

Dans leur boutique désertée, Paul Bert et Gérald pensent que notre époque bavarde a fait le tour de tous nos sujets de conversation. Leur activité lucrative consiste à inventer des dialogues qu’ils tentent de revendre à ceux qui sont à court d’idées à échanger.

Barbara entre dans la boutique. Elle est à la recherche d’une bouteille de vin.

En attendant que Paul Bert et Gérald trouvent une solution à sa demande, elle se mêle de leurs affaires et sa participation candide ouvre sur d’autres possibilités.

Théâtre : Penser qu'on ne pense à rien

Voilà une petite comédie à la fois farfelue et poétique qui flirte avec le mouvement du théâtre de l’absurde. Elle met en scène des personnages à la fois en prise avec la société mais également totalement marginalisés, rêveurs, naïfs et dans le fond, profondément désespérés. Chacun des personnages est soigneusement écrit et fonctionne en contraste avec l’autre.

Paul Bert est une sorte de Pierrot lunaire quand Gérald est un bougon qui cache autant que possible, sa sensibilité et quant à Barbara, avec sa demande, elle est à la fois un personnage « quotidien » et une sorte d’extra-terrestre...

Leurs répliques s’enchaînent dans un vertigineux non-sens rivalisant dans un « ping-pong » soutenu entre tendresse et féroce ironie.

Mais derrière les apparences, la pièce de Pierre Bénézit pose bien d’autres questions en rapport avec le monde actuel. Car en déroulant le fil de leurs obsessions, les personnages se frottent à la question de l’infini, de leur place dans l’univers. Le passé n’existe peut-être plus et le futur n’existe pas encore. Reste le présent. Mais le présent peut-il trouver sa place privé du passé et du futur ?

« Penser qu’on ne pense à rien, c’est déjà penser quelque chose » est une pièce à la fois drôle et pathétique. Une pièce où on a le choix de n’être que spectateur face à une comédie percutante mais porteuse d’un propos qu’on peut interroger à tout instant.

Les comédiens complices sont irrésistibles. Ils servent magnifiquement l’univers singulier de Pierre Bénézit. Olivier Broche et Vincent Debost forment un duo de vieux amis rodés à une vieille complicité et Anne Girouard vient en contre point renforcer la drôlerie et le pathétique du texte.

Francis Dubois

Théâtre de Belleville 94 rue du Faubourg du Temple 75 011 Paris

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Diane self portrait »
    Diane Arbus (1923-1971) est une figure majeure de la photographie de rue du XXème siècle. Fille de commerçants aisés juifs new-yorkais, elle a rencontré à quatorze ans celui qui devint son mari Allan... Lire la suite (25 septembre)
  • « Contrebrassens »
    Une femme qui chante Brassens cela surprend et enchante, quand elle a la malice et la grâce féminine que célébrait le grand Georges. Très inspirée par les textes et les mélodies du chanteur, car on... Lire la suite (25 septembre)
  • « Mademoiselle Julie »
    La pièce d’August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l’impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et... Lire la suite (19 septembre)
  • « L’Amérique n’existe pas »
    Un homme, bien seul au milieu de cartons plus ou moins bien empilés, se lance dans un monologue. Il raconte des histoires, il fait naître des personnages comme cet homme qui ne monte jamais dans un... Lire la suite (18 septembre)
  • « À l’abordage »
    Sasha troublée par la beauté d’un jeune homme Ayden arrive avec son amie Carlie dans la communauté où il habite avec un maître à penser charismatique, Kinbote, secondé par sa sœur, Théodora. Kinbote... Lire la suite (18 septembre)