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Un film de Bruno Dumont (France)

"Petit Quinquin" Diffusion sur la chaîne Arte les 18 et 25 septembre 2014.

"Petit Quinquin" a été réalisé par Bruno Dumont pour la télévision. Il a été conçu pour être vu en quatre épisodes de 52 minutes qui seront diffusés sur la chaîne Arte, deux par deux, les 18 et 25 septembre 2014.

La série a été présentée en séance spéciale de 3h 20, à la Quinzaine des réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes.

Il est difficile, quand on a vu l’intégrale de trois heures vingt, d’imaginer ce que pourra donner " Petit Quinquin " saucissonné en quatre épisodes.

Bruno Dumont est "un cinéaste qui fait du cinéma" et l’on découvre avec lui, face à son immense talent, que le formule n’est pas une lapalissade.

Si l’on peut reprocher à certains réalisateurs de films destinés au grand écran de "faire de la télé", c’est le contraire avec cet auteur du cinéma français qui, sans avoir réalisé jusque-là, un vrai succès public (même s’il est très souvent présent et récompensé dans les festivals), totalise une dizaine de films qui feront date et que salue déjà l’organisation de nombreuses rétrospectives.

Entre Boulogne et la mer, dans un petit village du Nord, des crimes sordides sont commis. Un premier corps de femme découpé en morceaux est découvert dans le ventre d’une vache à l’intérieur d’un bunker. Puis un second, celui d’un immigré, l’amant de la femme assassinée, toujours dans l’abdomen d’une vache. Un cultivateur dans sa fosse à purin… D’autres suivront, la directrice de la troupe de majorettes retrouvée corps et mains liés à un rocher sur une plage, celle d’une jeune fille dévorée par les cochons dans la porcherie.

Toutes les victimes ont des liens communs et il est probable que la sœur de l’amie de Petit Quinquin ait été assassinée parce qu’elle était attirée par un jeune black musulman que Quinquin et sa bande harcelaient pour la couleur de sa peau.

" Petit Quinquin " est, malgré les crimes, une comédie que Bruno Dumont considère comme une parodie de son propre cinéma (on pense à " L’humanité" où le Lieutenant de Police, un être légèrement retardé, menait à sa façon l’enquête sur le crime d’une fillette).

Ici, le commandant de gendarmerie présente d’autres déficiences, une démarche maladroite, un visage bourré de tics, des réflexions hasardeuses sur la vie et pour mener l’enquête à propos de la série de meurtres, il est secondé par un lieutenant, lui aussi border-line.

Le duo renvoie à certains classiques du burlesque américain (Groucho Marx, Laurel et Hardy) et

c’est peu de dire que la trame policière du récit et la manière dont l’enquête est menée sont loin des lignes habituelles du genre, même si les codes sont respectés.

"Petit Quinquin " est constellé de séquences drôles, parfois désopilantes (la messe d’enterrement, l’intrusion de "ch’tiderman" dans la cour de la ferme) pour ne citer que ces deux-là et cette veine comique confirme qu’il existe bien chez Bruno Dumont une approche comique même dans ses réalisations austères (" La vie de Jésus ", "l’ Humanité ") et que c’est une richesse de plus à attribuer et à reconnaître à ses œuvres.

Si le personnage du commandant de gendarmerie reste dans une tonalité cocasse d’un bout à l’autre du film, si celui de son adjoint en est le complément, le film repose surtout sur le personnage de Quinquin et de son amoureuse, membre de la fanfare locale, leur magnifique et émouvant duo dont on retient surtout deux images très fortes : celle de leurs étreintes profondes et émouvantes et celle de la gamine en uniforme debout à l’arrière du vélo.

On pourrait dire de "Petit Quinquin " que c’est un film qui a la grâce mais la force du récit, des images, des dérapages narratifs reviennent à l’immense talent d’un des deux ou trois cinéastes majeurs de notre cinéma.

Magnifique !

Francis Dubois

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