Actualité théâtrale

Théâtre Gérard Philipe Centre dramatique National de Saint-Denis, partenaire Réduc’Snes jusqu’au 6 avril 2014.

"Phèdre" de Jean Racine Mise en scène Christophe Rauck.

Un décor de faux-semblants de palais, façades et plafonds évoque le XVIIème siècle. Sur le côté du plateau s’élève un gigantesque amoncellement de harnachements de guerriers, d’armures et autres épées à côté d’un divan "Chesterfield" rouge foncé.

Le ton est donné pour une représentation de "Phèdre" qui sera, à coup sûr, du pur Christophe Rauck.

Fasciné par les œuvres du répertoire qu’il respecte infiniment en même temps qu’il les bouscule, Christophe Rauck choisit Racine et "Phèdre" pour poursuivre sa recherche, après " Le mariage de Figaro" à la Comédie Française en 2007 ou "Les serments indiscrets" la saison dernière au TGP.

S’il abonde dans le respect de la forme classique de l’écriture et dans le soin de l’alexandrin et si les personnages d’Oenone, Aricie, Théramène ou Ismène sont conformes à leur contour dramatique initial, si l’interprétation d’Hippolyte de Pierre-François Garel, plus imprévisible, lui garde une belle humanité, c’est autour et sur le personnage de Phèdre que Christophe Rauck et certainement, Cécile Garcia-Fogiel, compagne d’aventures théâtrales nombreuses, focalisent toute leur audace de créateur et d’interprète.

Leur Phèdre devient une parenthèse dans la pièce. Elle échappe à la tragédie jusqu’à prendre l’apparence d’une "longue dame brune". Maquillage, coiffure, costumes contribuent à la ressemblance, ainsi que dans le jeu, ces élans sophistiqués, nerveux aux limites du désordonné par lesquels Cécile Garcia-Fogiel semble à chaque geste, chaque déplacement, avec chaque mouvement rebelle, débarrasser son personnage des oripeaux de la tragédie.

La ressemblance entre Cécile Garcia-Fogiel et la chanteuse Barbara est consommée lorsqu’au milieu de la pièce, un enregistrement de la chanson "Veuve de guerre" (titre qui fut un temps censuré) s’égrène dans un silence suspendu.

Les audaces de Christophe Rauck ne sont jamais des concessions gratuites. Elles se justifient toujours sinon dans l’instant, du moins à un moment ou à un autre de sa mise en scène.

Le fait d’avoir isolé Phèdre de la dimension tragique de la pièce et la façon dont il procède n’est surtout pas une liberté gratuite qu’il aurait prise au détriment de Racine et de son écriture.

Phèdre dans un fourreau noir fendu sur le devant devient une femme vulnérable, fragile jusque dans les intonations de la voix et dans l’abandon de ses postures.

Elle entre dans la tragédie par une autre porte et le reflet dramatique qui l’anime lui vient des autres personnages.

Thésée jailli d’une trappe," caparaçonné" dans une armure que complète un masque de minotaure, puis jailli du royaume de Neptune devient, pris dans une vaste houppelande, une sorte d’homme des bois redoutable puis humain.

Les audaces de la mise en scène totalement assumées, les choix singuliers, les partis-pris espiègles de Christophe Rauck finissent par aboutir au tour de force de respecter à la fois les insolences et autres anachronismes qu’il s’autorise et l’œuvre intacte de Racine.

Francis Dubois

Théâtre Gérard Philipe Centre dramatique national de St Denis 50 Boulevard Jules Guesde

93 200 Saint-Denis

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 48 13 70 00

www.theatregerardphilipe.com

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