Actualité théâtrale

Jusqu’au 20 décembre au Théâtre Nanterre Amandiers

« Phèdre »

Phèdre aime Hippolyte qui aime Aricie mais rien de tout cela n’est possible. Phèdre est l’épouse de Thésée et Hippolyte est son beau-fils. Aricie est issue d’un clan ennemi de Thésée et Hippolyte ne peut l’aimer. Pourtant la passion emporte Phèdre et va la brûler. Minée par le secret elle va finir par révéler son désir d’abord à Oenone, sa nourrice, puis à Hippolyte, quand elle croit Thésée mort. Elle ose dire ce qu’elle sait qu’elle aurait dû taire. Au retour de Thésée, la tragédie s’enclenche et il ne reste plus à Phèdre, rongée de remords, qu’à mourir.

Phèdre est peut-être la tragédie la plus accomplie de Racine, c’est d’ailleurs sa dernière tragédie profane. Qui ne se souvient de l’éclatante expression du désir et de la culpabilité qu’en quelques vers fulgurants il a su imprimer dans nos mémoires : Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue … Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler, je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Jean-Louis Martinelli, après avoir monté Andromaque en 2003 et Bérénice en 2006, poursuit son cycle Racine avec Phèdre. Il adopte une disposition bifrontale qui met le spectateur au plus près des émotions de Phèdre et offre aux acteurs un vaste espace, qui accentue leur solitude puisqu’ils ne sont jamais plus de deux ou trois sur scène. Dès le début, dans cet espace nu, l’épée au sol impose sa présence qui sera au cœur de la révélation. Les costumes évoquent ceux que l’on voit dans la statuaire grecque. La beauté de Phèdre est magnifiée par une robe à l’antique aux plissés qui soulignent les lignes de son corps. L’atmosphère crépusculaire s’adapte bien à la montée de la tension qui aboutit au drame final. Á la mort d’Hippolyte, le rouge envahit la scène et c’est sur le corps de Phèdre, allongée dans la solitude et le silence, que tombe le rideau.
Si l’on excepte la façon dont sont traités les heurts entre Thésée et Hippolyte, front contre front comme deux béliers qui s’affrontent, et la diction parfois trop affectée de Thésée, cette mise en scène est convaincante. Anne Suarez exprime avec passion le désir, la culpabilité, les espoirs et les désespoirs de Phèdre. Elle est éblouissante. Mounir Margoum donne à Hippolyte une complexité qui va bien au-delà du simple masque de l’innocence victime de la passion des hommes dont on l’affuble trop souvent. Ils nous font écouter avec bonheur ces alexandrins qui semblent, ce soir-là, si évidents.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h, le jeudi à 19h30
Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00
www.nanterre-amandiers.com

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