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Un film de Christian Petzold (Allemagne)

"Phoenix" Sortie en salles le 28 janvier 2015.

Juin 1945. Totalement défigurée, la chanteuse Nelly Lenz, seule survivante d’une famille déportée, retrouve un Berlin détruit par les bombardements.

Accompagnée de sa fidèle amie Lene, employée de l’Agence juive, elle s’apprête à subir une opération faciale qui lui rendra un visage proche de celui qu’elle avait autrefois.

A peine débarrassée du dernier bandage, Nelly part à la recherche de son mari Johnny. C’est dans ce but qu’elle erre dans les décombres de la ville, en dépit des mises en garde de Lene.

Lorsque Nelly retrouve trace de Johnny, celui-ci ne voit qu’une vague ressemblance entre la jeune femme et son épouse portée disparue. Une ressemblance dont il décide de tirer profit.

Il propose à la "revenante" de se présenter comme son épouse afin de récupérer son patrimoine familial.

Nelly accepte et devient son propre double. Elle conduira le jeu jusqu’ au bout dans l’espoir de découvrir que l’homme qu’elle aime toujours ne l’a pas trahie.

Cinema : Phoenix

En 1986, Christian Petzold lit le roman d’Hubert Monteilhet, " Le retour des cendres " dans lequel une femme française rescapée du camp d’Auschwitz se fait refaire le visage dans une clinique en Suisse avant de revenir à Paris.

Vient s’ajouter un récit dans lequel Alexander Klug relate la résistance d’un couple d’amants à la volonté des nazis de rendre stériles toutes les femmes juives pour éradiquer le peuple juif. Pour ne pas se prêter à une expérience qui reposait sur l’accouplement, l’homme refuse de reconnaître sa femme et la femme refuse d’admettre la trahison de son amant.

Le scénario de "Phoenix " avait pris naissance et il allait donner bien des années plus tard, un film d’une force inouïe relayée par des comédiens remarquables, les seuls qui, aux dires du metteur en en scène, pouvaient interpréter Johnny et Nelly.

Christian Petzold cisèle son récit, le dépouille du moindre plan qui eut pu être superflu, travaille l’image et l’interprétation dans une volonté de rigueur sans toutefois renoncer à l’émotion et à la cruauté de la situation.

Le récit va crescendo et même si le spectateur a toutes les données de l’histoire à l’esprit, " Phoenix " garde naturellement tout son pouvoir de suspense.

La scène finale est d’une intensité telle qu’elle libère d’un poids dont on se rend compte qu’il pesait depuis la première image.

Il est évident que l’interprétation est l’élément majeur de la réussite du film. Le beau visage de Nina Hoss demeure interrogateur jusque dans la certitude de la trahison de Johnny, comme si un petit espoir demeurait, comme si un miracle pouvait survenir.

Quant à Ronald Zehrfeld, en dépit de sa méchante et indéniable machination, il parvient à donner un personnage qui force l’empathie ; et l’ambiguïté qui en résulte devient une des forces de ce film

Terrible et pourtant empreint de tant de douceur neutre.

Francis Dubois

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