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Un film de Carlos Saboga (France)

"Photo" Sortie en salles le 7 avril 2013

A la mort de sa mère, Élisa pénètre dans un passé incertain à travers des photographies retrouvées et sa rencontre avec des personnages, vivants ou fantômes, de la contestation portugaise des années 70.

Sa quête de la vérité sur elle-même l’amène à croiser des morts qui parlent, des mémoires qui flanchent, des tortionnaires à la retraite et un jeune homme bien actuel.

Elle ira de doute en doute et de mystère en mystère. Son obstination lui permettra-t-elle de connaître le fin mot de l’histoire ?

A l’origine du film de Carlos Saboga, il y a un fait divers : l’histoire de l’assassinat d’un militant appartenant à un groupuscule d’extrême gauche par ses pairs. Le fait qui remontait aux années soixante a été transposé dans le scénario, une dizaine d’années plus tard, en 1974, à la veille de la chute de la dictature.

Souhaitant éloigner son film du fait divers ou du film d’époque et peut-être même de l’option politique, il ouvre son récit au regard de gens vivant maintenant, avec la distance que cela implique.

Le choix de l’opacité pour mener un récit cinématographique est un exercice à double tranchant. Le mystère, quand il est maîtrisé, peut distiller de la curiosité et entretenir une sorte de suspense. Mais il faut pour cela que le spectateur soit certain qu’il sera récompensé de ses attentes.

Une opacité systématique, obstinée, peut à l’inverse déboucher sur l’ennui et le décrochage.

Les personnages qui interviennent dans "Photo" disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus, comme des témoins à la barre. Ils ne nous laissent, chacun, que peu d’indices pour nous éclairer sur un passé qui reste énigmatique, sur une vérité qui demeure dans le flou.

Les photographies remplacent ici le flash-back et c’est essentiellement à travers elles qu’Élisa va tenter de reconstituer le puzzle qui, très vite, ne présentera plus d’intérêt que pour elle.

Le choix d’Anna Mouglalis pour interpréter Élisa n’était sans doute pas judicieux. On comprend qu’un réalisateur ait envie de tourner avec cette belle et sans doute talentueuse actrice. Mais toutes les qualités de la comédienne, beauté de l’allure, belle voix grave, silhouette magnifique, interprétation altière, nuisent au personnage d’Élisa plus qu’elles ne le servent. On a le plus souvent, dans des décors qui renvoient aux atmosphères des films de Raul Ruiz (dont Carlos Saboga a été le collaborateur), l’image d’une femme raffinée, élégante, fière chez qui on ne ressent que rarement une détermination profonde à lever le voile sur le passé.

Francis Dubois

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