Actualité théâtrale

au Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 8 juin

« Pierre et Jean » d’après Maupassant

Le roman de Guy de Maupassant nous emmène dans une famille bourgeoise installée au Havre. Le père, Monsieur Roland, ancien bijoutier parisien, peut désormais s’adonner à la pêche, la mère tient la maison, les deux fils ont terminé leurs études. Pierre va s’installer comme médecin et Jean comme avocat, quand survient l’annonce que Jean hérite d’une importante somme d’argent que lui lègue un ami parisien de la famille, tandis que Pierre n’a rien. Cette nouvelle va bouleverser la vie tranquille de la famille en révélant des secrets et en faisant éclater la rivalité des deux frères.

Comment en une heure dix garder l’ambiance d’un roman truffé de descriptions et d’introspection ? Vica Zagreba, dont on a pu apprécier récemment la mise en scène du Dindon au théâtre 13, a choisi de le faire par une succession de tableaux séparés par le noir, comme dans des séquences de cinéma. Quand la pièce commence, nous sommes sur un bateau en compagnie de toute la famille et de la jeune veuve Madame Rosemilly, dont Jean est amoureux. Avec un vague mât, une ombrelle, un bâton en guise de canne à pêche et les mouvements des acteurs, nous sommes sur un petit bateau de pêche avec la famille, et les caractères sont déjà esquissés avec légèreté. Un vaisselier, un fauteuil, un hublot vont ensuite suffire à nous accompagner d’un lieu à un autre. L’adaptation fait alterner des scènes dialoguées et des transitions rapides. Un narrateur intervient entre les scènes pour faire avancer la narration. Les éclairages de Jérémy Riou apportent beaucoup de force aux séquences introspectives. Le visage de Pierre émergeant de la pénombre souligne sa colère, ses soupçons et son tempérament de plus en plus sombre.
L’équipe de comédiens sert bien l’histoire. Vahid Abay épouse la naïveté, l’aveuglement, la bêtise bourgeoise satisfaite de Monsieur Roland, un portrait dont Maupassant était friand dans ses romans. Franka Hoareau donne toute sa complexité au personnage de la mère. Régis Bocquet est le blond Jean, qui accepte avec simplicité sa bonne fortune, tandis que Nicolas Martzel est Pierre le frère tourmenté et amer. Sébastien Rajon est le narrateur. Il faut le voir se glisser discrètement sur la scène pour faire avancer la narration.
Avec cette mise en scène sobre et fidèle, Vica Zagreba nous offre une belle occasion de revenir à Maupassant.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 18h30
Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr

Dans le cadre de la programmation de Pierre et Jean, la Compagnie Guépard échappée propose aussi, au Lucernaire, six soirées différentes de contes et nouvelles de Guy de Maupassant les 25,26,27 avril à 21h30, le 28 avril à 17h et les 2 et 4 mai à 21h30.

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Le poète aveugle »
    Jan Lauwers appartient à une génération d’artistes reconnus dans toute l’Europe, qui réinvente une écriture où se mêlent théâtre, musique, installation et danse. C’est la première fois qu’il est invité à La... Lire la suite (20 octobre)
  • « Haskell Junction »
    C’est à l’occasion d’un voyage au Canada, où il découvre la ville de Stanstead installée sur la frontière canado-étasunienne que Renaud Cojo a l’idée de cette pièce. À l’heure où des migrants poussés par... Lire la suite (19 octobre)
  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)
  • « La danse de mort » d’August Strindberg .
    Dans une citadelle, sur une île de garnison, vivent reclus dans un décor gris un officier intègre et autoritaire et sa femme, Alice, une ancienne actrice qui a laissé derrière son passé et dont les... Lire la suite (13 octobre)
  • « La mort de Tintagiles »
    « La mort est une force extérieure qui empêche tout mouvement qui s’oppose à elle. L’amour est une force intérieure qui incite à agir contre la mort ». Le texte de Maurice Maeterlinck, conte initiatique... Lire la suite (10 octobre)