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Un film de Mani Haghighi (Iran)

« Pig » Sorties en salles le 5 décembre 2018.

Un mystérieux serial-killer décapite les uns après les autres les cinéastes les plus appréciés de Téhéran. Hassan Kasmai, un réalisateur iranien s’étonne d’être épargné.

Censuré par le pouvoir depuis des mois, lâché par son actrice attitrée, devenu la cible des réseaux sociaux, il est dans tous ses états.

Vexé, au bord de la crise de nerfs, il cherche à comprendre les raisons pour lesquelles le tueur ne s’en prend pas à lui et cherche par tous les moyens à attirer son attention...

Cinéma : Pig

A première vue, le film de Mani Haghighi surprend par sa composition disparate où s’invitent en alternance et souvent sans crier gare différents genres cinématographiques : le drame (la mort ensanglantée des cinéastes à Téhéran), le burlesque (avec entre autres, la soirée costumée) et des scènes oniriques (cauchemars nés des tourments incessants et de l’imagination débordante d’Hassan).

Pour mieux comprendre ces grands écarts narratifs, il faut sans doute revenir sur le contexte politique du pays, se remémorer que ce film a été tourné dans un état islamique et qu’il est sorti sans difficultés sur les écrans en Iran.

Et c’est parce que Mani Haghighi a utilisé le burlesque et l’onirisme qu’il a pu aborder le tragique et traiter dans son film des sujets tabous comme la censure, l’émancipation de la femme, la liberté sexuelle, s’attaquer à l’ordre moral ou défier le religieux.

Et par exemple en montrant une scène de fête gigantesque complètement démesurée, faire référence sans en avoir l’air aux fêtes que donnait le shah d’Iran où les invités arrivaient dans le palais à cheval.

Et pourtant, en dépit de ce qui pourrait apparaître comme des dérives narratives, le film ne tombe jamais dans l’excès, la démonstration et le racolage facile.

Et on peut, derrière ces façades, ces sortes de murs de brouillard, lire dans ce film quelque chose de l’ordre de la mélancolie, de tendre et d’émouvant.

« Pig  »s’il est parfois déroutant à cause de ses ruptures de ton, passant du tragique au burlesque, détient une force incontestable, en plus des sujets « sensibles » qu’il traite, la force d’exister dans un pays où la censure est toujours prête à couper ou à interdire.

Hassan Majouni qui joue le rôle principal et qui, jusque là a le plus souvent été acteur et metteur en scène de théâtre impose un personnage de passionné rêveur errant dans un monde où il se trouve sans cesse en décalage.

Et la grand actrice iranienne qu’est Leila Harami excelle dans le personnage fétiche du réalisateur.

Une œuvre importante du cinéma iranien où la critique politique est à lire entre les lignes.

Francis Dubois

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