Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Jeon Soo-Il (Corée)

"Pink" Sortie en salles le 23 octobre 2013.

Dans un paysage gris et pluvieux entre ciel et mer, Su-Jin se présente dans un bar situé dans un quartier désolé voué à la démolition.

La propriétaire de l’établissement, Ok-ryeon habite sur place avec son fils Sang-Guk, un adolescent mutique.

Au cours d’une manifestation organisée par les habitants pour s’opposer à la démolition des habitations, Ok-ryeon est arrêtée avec d’autres.

Pendant ce temps, Sang-Guk reste sous la surveillance de Sun-Jin qui s’occupe également du bar.

Il pleut à verse sur le paysage sans attrait, dans ce quartier sur lequel plane la menace de sa disparition prochaine. A tour de rôle, Ok-ryeon et Su-Jin s’asseyent devant la porte et regardent l’horizon bouché. Parfois, des hommes viennent boire et jouer. Ce sont des voisins, de ceux qui militent pour que leurs habitations échappent aux bulldozers, un guitariste de passage, ou un homme avec qui Ok-ryeon fait l’amour debout.

L’arrivée de Su-Jin va-t-elle changer quoi que ce soit dans le cours monotone des journées. Il apparaît très vite que non, que cette jeune fille silencieuse traîne derrière elle un lourd passé, des secrets qu’elle va tenter de dissoudre dans l’attachement qu’elle porte à Sang-Guk, cet adolescent muet que sa mère allaite encore à chaque fois qu’elle ou lui ont besoin de tendresse, d’un contact avec l’autre.

Entre les trois personnages principaux du film, peu d’échanges verbaux qui donneraient des indications sur eux-mêmes, sur le passé ou sur l’état actuel des choses. Rien n’est à ajouter à ce qui nous est donné à voir : les allées et venues d’un quotidien répétitif au son des cris des mouettes et du bruit de la pluie.

Parfois le visage souriant du livreur de poissons ou les bavardages enjoués de clients viennent rompre le silence et deviennent la preuve tangible qu’une autre vie existe en ce lieu qu’on croirait perdu au bout du monde, un lieu où comme l’a fait Su-Jin, on vient se réfugier dans le silence.

Avec peu de mots échangés et la description d’un quotidien poisseux, réduit à un rituel minimal, le récit ne connaît pas, pendant ses deux premiers tiers, le moindre événement saillant et l’image se contente de nous offrir des moments en creux, parfois totalement insignifiants, parfois tronqués, éphémères, rythmés par des ellipses subtiles.

Pourquoi ce film qui appartient à la catégorie de ceux dont on a coutume de dire qu’il ne s’y passe rien, nous tient-il en haleine, non pas comme un thriller mais comme un récit qui derrière ses insignifiances tisse insidieusement la trame du drame.

On découvre que ce quotidien apparemment sans âme dissimule des passions, des attachements profonds qui, s’ils tiennent en des gestes simples, des frôlements, des échanges réduits, n’en dégageent pas moins une force qui va nous revenir comme un boomerang avec une force d’autant plus redoutable qu’elle se manifeste à la fois de façon frontale et en sourdine.

Passionnant.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Sergio et Sergei »
    1991. La guerre froide est terminée et l’URSS s’écroule. Sergei, un cosmonaute russe est resté coincé dans l’espace, oublié par les soviétiques qui ont d’autres chats à fouetter. A Cuba, grâce à une... Lire la suite (25 mars)
  • « Companeros »
    En 1973, l’Uruguay bascule dans la dictature. Des opposants politiques sont secrètement emprisonnés par le nouveau pouvoir militaire. Le film de Alvaro Brechner s’attache aux terribles conditions... Lire la suite (24 mars)
  • « C’est ça l’amour »
    Depuis que sa femme a quitté le domicile, Mario assure le quotidien domestique et s’occupe seul de ses deux filles, Fida, quatorze ans, qui lui reproche le départ de sa mère et Niki, dix-sept ans, en... Lire la suite (23 mars)
  • « Still Recording »
    En 2011, Saeed a vingt ans. Étudiant ingénieur, il quitte Damas pour Douma et pour participer à la révolution syrienne. Quelque temps plus tard, il est rejoint par son ami Milad, étudiant aux... Lire la suite (23 mars)
  • « Sunset »
    1913, Irisz Leiter revient à Budapest après avoir passé son enfance dans un orphelinat. Son retour a Budapest est motivé par le désir de travailler dans le magasin de chapeaux dont autrefois, ses... Lire la suite (19 mars)