Actualité théâtrale

Jusqu’au 8 mars au T2G (Gennevilliers)

« Place du marché 76 »

Jan Lauwers nous avait fortement émus avec La chambre d’Isabella il y a quelques années. Plasticien de formation, il est connu comme un homme de théâtre qui excelle à intégrer la musique, la danse et la vidéo à ses créations théâtrales. Humaniste, libre-penseur, irrité par l’état actuel du monde, soucieux de tendre aux spectateurs un miroir afin qu’ils s’interrogent, nous ne pouvions qu’attendre avec impatience sa nouvelle création, d’autant plus que les acteurs de sa compagnie, la Needcompany, sont capables de tout, musiciens, chanteurs, danseurs et acteurs.

Théâtre : Place du marché

Nous voici sur la place du marché d’un village. On va rendre hommage aux villageois morts lors d’une explosion de gaz l’année précédente. Il y a là le boucher et sa femme, paralysée depuis l’explosion, le commissaire de police et sa femme qui a perdu un enfant dans l’explosion, le plombier, sa femme et sa fille, la boulangère et sa fille, sans oublier le balayeur immigré. Tout un petit monde que l’on va regarder pendant les quatre saisons. Mais sous le vernis d’une communauté qui tente de se ressouder après les deuils, l’horreur couve. Jan Lauwers dit avoir eu envie de parler des pauvres, des sans-abri, des réfugiés. En fait, il abandonne assez vite son balayeur et se lance sur un grand nombre de sujets, le suicide, l’inceste, l’affaire Dutroux, qu’il abandonne sitôt abordés. C’est dommage car il y a une énergie extraordinaire sur scène. La musique superbe décline chacune des saisons. Les performers chantent et dansent avec talent. Il y a des moments intenses comme celui où une vidéo montre des fragments de corps, de vêtements, de mains pour évoquer la séquestration d’une gamine dans des catacombes. Elle suscite un malaise et une angoisse diffuse sans rien montrer vraiment et ce moment est plein d’émotion. Il y a des moments improbables et pleins d’humour comme lorsqu’un bateau plein de poissons gonflables atterrit sur la place. Mais l’émotion finit par se perdre au long du spectacle dans des passages beaucoup trop verbeux. Il ne reste que l’énergie des acteurs et la musique, c’est dommage.

Micheline Rousselet

Mardi et jeudi à 19h30, mercredi, vendredi et samedi à 20h30, dimanche à 15h

Théâtre de Gennevilliers

41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 41 32 26 26

www.theatredegennevilliers.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)
  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)
  • « Médéa mountains »
    Alima Hamel, la jeune poétesse, musicienne et chanteuse d’origine algérienne évoque ici son histoire personnelle. Elle se souvient du bonheur des vacances familiales quand elle quittait Nantes avec... Lire la suite (12 mars)
  • « Le pays lointain (Un arrangement) »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens. Louis revient, au pays... Lire la suite (11 mars)