Actualité théâtrale

Jusqu’au 19 octobre au T2G (Gennevilliers), en tournée en 2019 et 2020 ensuite

« Place »

De Place , couronnée par le prix du jury et le prix des lycéens au festival Impatience 2018, Tamara Al Saadi, son auteur dit : « la pièce est née de la nécessité de parler de ce sentiment qu’éprouvent parfois les étrangers et étrangères à n’être jamais au bon endroit de la bonne façon », contraints à une quête permanente de légitimité et animés par un besoin obsessionnel de se faire accepter. Le point de départ est autobiographique mais Tamara Al Saadi, elle-même diplômée de Sciences politiques, l’a élargie à des questions politiques et sociales plus larges.

Théâtre : Place

Quand la pièce commence, Yasmine n’arrive plus à lire. Une enfant thérapeute lui propose de retraverser son histoire pour comprendre ce qui lui arrive. On revit alors son installation à Paris avec sa famille dont le retour en Irak se trouve bloqué par le déclenchement de la première guerre du golfe. On la suit ensuite dans son parcours vers l’âge adulte de l’école à l’université, coincée entre une famille bloquée dans un espace-temps, figé sur Bagdad et la guerre, et une société française qu’elle doit découvrir et où elle doit trouver sa place, ce qui ne s’avère pas si simple. Entre une Administration qui ne cesse de dresser des obstacles à son souhait de devenir française et ses amis, pleins de bonne volonté mais parfois blessants, sans en avoir conscience, elle cherche sa voie, pas celle de l’assimilation qui l’obligerait à abandonner ce qui la rattache à sa culture, mais l’intégration, où sa culture d’origine trouverait sa place à côté de la culture française.

Pour incarner ce personnage tiraillé entre deux identités, Tamara Al Saadi met en scène deux Yasmine. Yasmine 1, l’Irakienne, défilant en chantant en arabe au début, disparaît peu à peu au profit de Yasmine 2, la Française qui l’assimile, jusqu’au moment où elles seront mûres pour échanger leurs langues et tenter d’être les deux à la fois. Le décor est simple, des chaises qui peuvent figurer une école, une salle du service des titres de séjour où l’on entend crépiter les machines à écrire ou une protection dérisoire contre les bombes. Du sable tombe parfois des cintres tel le désert toujours présent dans les têtes. Les costumes des parents sont figés sur Bagdad, pyjama du père, tunique et écharpe pour la mère, opposés au jean de Yasmine.

On passe de la tragédie, avec l’évocation de la guerre, des bombes, des tortures, à la comédie quand les adolescentes sont entre elles, écoutent des chansons anglaises ou fantasment chacune à leur manière sur le garçon qui leur plaît. Le portrait de la jeune fille tentant de faire renouveler sa carte de séjour face à une employée qui lui réclame un déluge de documents fait hurler de rire et pleurer de rage les spectateurs. La mère, qui ne vit que dans l’espoir de retourner en Irak, hurle qu’elle a mal au ventre, qu’on doit l’amener à l’hôpital, que ses filles ne doivent pas la laisser, mais c’est à son pays qu’elle a mal. Yasmine 2 voudrait se débarrasser de Yasmine 1 qu’elle considère comme un obstacle ambulant avec « sa langue du tiers-monde ». Quant à son frère il lui dit qu’elle ne sera jamais une vraie française, qu’elle a une « carence de francitude ». Alors où est sa place ? Dans la souffrance de son pays comme le dit sa mère ou en continuant à avancer là où elle est ?

Un beau travail sur la question de l’identité, que l’on devrait présenter à tous les politiques, et un travail théâtral avec une troupe homogène et convaincante, qui intéressera passionnément enseignants et élèves et tous ceux que les débats actuels sur la question interpellent.

Micheline Rousselet

Quelques dates : 18 et 19 novembre au théâtre Sorano à Toulouse, 23 au 27 novembre au CentQuatre à Paris, 3 au 6 décembre à La Manufacture à Nancy, 13 décembre à l’Espace André Malraux au Kremlin-Bicêtre, du 7 au 10 janvier 2020 à la Comédie de Saint-Etienne, du 21 au 23 janvier à la Comédie de Reims, le 28 janvier à Armentières, le 31 janvier à Chelles. D’autres dates à trouver sur le site de la Compagnie La Base.

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