Année 2017-2018

Plan étudiants (Bordeaux)

Le Plan étudiants vise à accompagner chaque élève de terminale vers la réussite mais au-delà de ce slogan volontariste, la réalité de la préparation de la rentrée universitaire 2018 est bien plus sombre.

Il manquait 150 000 places dans l’enseignement supérieur à la rentrée 2017 et l’arrivée de la génération 2000 va y entraîner un doublement de ce déficit de places. La première solution pour faire face à ce problème devrait être d’engager un plan massif d’augmentation des capacités d’accueil.

Le ministère ne veut pas s’engager dans cette voie mais veut tout de même mettre fin au scandale du tirage au sort. Pour ce faire, il renforce les possibilités de sélection à l’entrée des formations universitaires. Les formations sélectives (CPGE, BTS, IUT) sont maintenues mais si les capacités d’accueil ne sont pas suffisantes, l’université donnera la priorité aux candidats dont le profil est le plus adapté. Plus clairement, c’est la possibilité donnée aux universités de mettre en place une sélection à l’entrée en jouant sur les capacités d’accueil des différentes formations.

Chaque bachelier a un droit d’accès à l’enseignement supérieur mais il n’est pas précisé pour quel type de formation. Ce qui est une rupture avec la possibilité de s’inscrire dans la filière de son choix.

Comment les universités vont-elles classer, trier les futurs étudiants ?

Par les livrets scolaires et les notes obtenues au lycée, solution qui peut paraître la plus simple mais qui ne prend pas en compte des éléments comme la motivation. De nombreuses disciplines universitaires ne sont pas enseignées dans le second degré, existe-t-il un lien entre les résultats de terminale et la réussite dans ces nouvelles disciplines ? De plus, on a du mal à imaginer un traitement manuel de toutes ces données sans créer massivement des emplois dans les universités.

Par la prise en compte d’activés extra-scolaires qui seraient les témoins d’une motivation particulière. Mais ces engagements sont largement dépendants de l’origine sociale des élèves.

Par l’adéquation entre les attendus des formations et le profil des candidats. Les stratégies des futurs étudiants sont là aussi liées au milieu social. Les familles les plus favorisées seront aptes à décoder ces attendus et les familles les moins favorisées auront tendance à surestimer ces attendus en terme de niveau scolaire. Ce qui aggravera la sélection sociale.

Quel rôle pour les enseignants de terminale dans ce dispositif ?

Les enseignants devront donner une appréciation pour chaque vœu sur les résultats dans leur discipline. 35 élèves, 10 vœux soit 350 appréciations ! Les professeurs principaux de terminale présentent, pour chaque vœu, une synthèse en conseil de classe. Cette synthèse va éclairer l’avis du chef d’établissement.

On remarquera que le rôle du conseil de classe n’est pas d’aider l’élève à faire ses choix mais d’aider le chef d’établissement à faire le tri entre les élèves.

La question du rôle du lycée et du baccalauréat est donc posée à travers cette réforme de l’orientation. Si on part du principe que le lycée doit permettre aux élèves d’acquérir un niveau de formation générale validée par un examen national qui ouvre les portes à la poursuite d’études supérieures, les avis portés sur les fiches avenir ne doivent barrer aucune poursuite d’études. Nous devons bien sûr prévenir un certain nombre de nos élèves de l’écart qu’il y a entre leur travail, leur motivation, leur concentration et les attendus des formations supérieures mais nous ne devons pas oublier que les étudiants ne sont plus des lycéens et nous avons tous autour de nous des exemples de parcours atypiques qui ont permis à nos anciens élèves de réussir leurs formations supérieures.

Ce n’est pas en faisant porter la responsabilité du tri des élèves sur les enseignants de lycée qu’on pourra résoudre le problème des inégalités sociales à l’entrée des formations supérieures.

J-P MERAL

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