Privation de liberté

Plan pénitentiaire : De sérieux doutes L’US MAGAZINE - Supplément au N° 781 du 22 septembre 2018

Le « plan pénitentiaire » ne comporte guère de
mesures concrètes nouvelles. L’objectif
affirmé de 8 000 détenus en moins paraît ainsi
assez peu crédible : en juillet, la population
carcérale dépassait les 70 000, en hausse
de 3 % depuis le début de l’année.
Ainsi, le développement des alternatives et
aménagements des peines courtes ne concernerait
au mieux que 6 000 à 7 000 personnes,
alors que leur suppression pour celles de plus
de six mois aura un effet sans doute
inverse. De plus, rien n’est avancé pour limiter
le volume et la durée des détentions préventives,
car cela impliquerait de donner plus de moyens à
la justice.

Construire des prisons : une fausse solution
Au lieu de cela, c’est la création de 15 000 places
de prison supplémentaires qui est mise en avant.
Pourtant, l’expérience montre l’effet « d’appel »
d’une telle politique : la surpopulation carcérale
s’accroît, tandis que les crédits dégagés ne sont pas
utilisés pour lutter contre la vétusté des locaux,
aggravant les conditions de vie des détenus, avec
pour conséquence l’augmentation de l’insécurité
en prison.
Quant aux dispositifs de « réinsertion », ils en res-
tent au stade des bonnes intentions, la communi-
cation ministérielle oscillant entre valeur « disci-
plinaire » d’un travail qui reste exonéré des règles
du droit du travail, et renvoi aux Régions pour les
politiques de développement d’une formation pro-
fessionnelle qui ne concerne qu’un détenu sur sept
aujourd’hui. Au-delà de la « com’ », tout reste
donc à faire.

Hervé Le Fiblec