Actualité théâtrale

Jusqu’au 15 avril

"Platonov mais… " Au théâtre de l’Aquarium

Lorsque Tchekhov a écrit Platonov, il n’avait que 18 ans. Il a ensuite réduit cette pièce fleuve, sans parvenir pour autant à la faire jouer de son vivant.

Anna Petrovna, jeune veuve, invite comme chaque été des amis dans sa maison de campagne. Parmi eux Platonov, un homme séduisant, hâbleur, cynique, parfois carrément goujat, incapable de décider ce qu’il veut faire de sa vie, impuissant à dépasser l’attirance et le désir passager pour aimer. C’est un anti-héros. Il bavarde, plaisante, se saoule, provoque des scandales, courtise des femmes, trompe son épouse, a quelques vagues remords et s’interroge sur le sens de sa vie. Il est décevant, inachevé, flottant, il inquiète et attire car on lui prête du mystère, les femmes surtout. Elles fantasment sur lui, il les attire toutes pour mieux les détruire. Il est l’archétype de ces personnages de Tchekhov dépourvus d’énergie et de volonté, dépassés par le sentiment de leur inutilité et de leur impuissance, conscients que leur vie passe sans espoir de sortir de la routine et des espoirs déçus. Dès les premières répliques, le ton est donné « Rien… on s’ennuie doucement…rien à faire ».

A l’origine la pièce durait 6 heures. En la coupant, on peut choisir des éclairages qui la rendent différente à chaque fois. Alexis Armengol, le metteur en scène, l’a réduite à deux heures et sur les dix-huit personnages en a retenu sept, les plus jeunes.

Tchekhov avait écrit « Je crois que Platonov est la meilleure expression de l’incertitude de notre époque ». Ce jugement peut très bien être transposé à notre monde. La mise en scène s’attache justement à une jeunesse désabusée, pétrie d’incertitudes, qui s’ennuie, qui aspire à une autre vie mais ne fait rien, où les soirées s’enlisent dans l’alcool, le désir, la provocation et la musique. Au lieu de l’évocation des soirées sous les bouleaux traditionnelles dans les mises en scène de Tchekhov, on a des musiciens au milieu de la scène, un guitariste-batteur et une pianiste qui chantent aussi. L’atmosphère qui en résulte n’est plus à la mélancolie, mais plus violente, plus électrique. Les amoureuses se heurtent à l’inconsistance de Platonov, le drame se noue sans qu’on le pressente et c’est la musique qui souligne la violence des sentiments. On peut saluer la pianiste, Camille Trophème, qui compose une Sacha (épouse de Platonov) humiliée et pourtant toujours amoureuse. Quand elle chante sa voix traduit une sensibilité d’écorchée vive qui résonne comme un écho au personnage de Sacha. Céline Langlois prête sa voix grave à l’intelligence d’Anna que son ironie n’arrive pas à protéger de Platonov. Enfin Alexandre Le Nours incarne bien ce personnage difficile à jouer qu’est Platonov, égoïste et cynique capable de séduire tout en étant inconsistant, irresponsable et décevant.

C’est à une redécouverte de Platonov que nous invite cette représentation. La pièce y perd son contexte habituel, mais elle prend un grand coup de jeune !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h.
Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61

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