Actualité théâtrale

Jusqu’au 11 février au Théâtre de La Colline

« Platonov »

Tchekhov n’a pas vingt ans quand il écrit Platonov. On y trouve déjà tous les personnages et les thèmes qui irrigueront ses pièces : un monde en déclin où se meurt une aristocratie déchue et où montent des propriétaires fonciers avides d’argent, sous l’œil désabusé d’intellectuels qui regardent le temps passer, qui font le constat d’un avenir vide, un univers où les forces vives de la jeunesse s’épuisent dans l’oisiveté. Tout ce petit monde s’ennuie à la campagne, se noie dans des flots d’alcool en répétant « Que sommes nous devenus », « je veux vivre », demain nous travaillerons » et tente de se raccrocher à l’amour qui lui aussi apparaît bien précaire et incertain.

Théâtre : Platonov

Le Collectif Les Possédés a adapté ce Platonov, à partir de la percutante traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan. Ils ont réduit la pièce à 3h40, mais cela semble encore bien long. Dans un décor assez terne de chaises, tables et fauteuils avec une toile en fond de scène représentant une forêt de carte postale fanée (avec même une biche !), le désordre va peu à peu s’imposer. Dans la seconde partie le sol est jonché de papiers, les chaises sont renversées, Platonov est ivre, sans espoir, vaguement velléitaire, mais résigné. Rodolphe Dana, qui dirige le Collectif Les Possédés et incarne Platonov, met tant l’accent sur sa faiblesse, sa veulerie et son impuissance, que l’on comprend mal l’attirance qu’il exerce sur toutes les femmes qui gravitent autour de lui. Dans son jeu il escamote une partie de la complexité du personnage. La distribution est un peu inégale. Si David Clave campe un Nicolas Triletski sobre et sensible, Françoise Gazio surjoue, au bord de l’hystérie. On retiendra surtout Emmanuelle Devos, la Générale qui ne se résigne pas, refuse d’épouser un homme pour résoudre ses difficultés financières, bouscule les règles comme les pièces du jeu d’échec au début de la pièce, n’accepte pas le départ de Platonov et s’accroche pour ne pas sombrer dans la désespérance. Emmanuelle Devos devient flamboyante au fur et à mesure que la pièce avance. Elle est une magnifique Anna Petrovna et sauve ce Platonov.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h

Théâtre National de la Colline

15 rue Malte-Brun, 75020 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Dans les forêts de Sibérie »
    Après avoir voyagé à vélo autour du monde, puis marché à travers l’Himalaya, chevauché dans les steppes d’Asie Centrale, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson s’est décidé à choisir l’immobilité en... Lire la suite (16 octobre)
  • « Jungle book »
    Tout enfant s’est un jour entendu raconter l’histoire de Mowgli, ce petit d’homme adopté par un couple de loups, dont Rudyard Kipling a fait une ode à la tolérance. Dans la jungle Akela, le père loup,... Lire la suite (15 octobre)
  • « Sabordage »
    O Après Blockbuster, où elle dénonçait les effets de la cupidité globalisée, portée par un système ultralibéral faisant passer le profit avant toute autre considération, l’inventive troupe liégeoise Le... Lire la suite (13 octobre)
  • Des reprises à signaler
    Voici 3 spectacles que nous avons chroniqués et qui sont repris cette automne. Pour ceux qui les auraient loupés ou qui voudraient les revoir ! « Jeanne Plante est chafouin » les lundis à 20h30... Lire la suite (12 octobre)
  • « Les causeries d’Emma la Clown »
    Il y a maintenant vingt ans que Meriem Menant a crée son personnage d’Emma la clown avec sa chemise de flic bleu clair et sa cravate, sa jupe plissée qui pendouille et ses chaussettes qui godillent,... Lire la suite (11 octobre)