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Un film de Corneliu Porumboiu (Roumanie)

"Police, adjectif" Sortie en salles le 19 mai

Tous les midis, dans la cour de l’école maternelle, un lycéen partage un joint avec deux autres adolescents. La détention de haschich étant passible d’une peine de trois à huit ans d’emprisonnement, le jeune homme est l’objet d’une filature de la part de la police locale. Cristi, le policier chargé de l’enquête va multiplier les pistes, les rapports tatillons pour rendre compte de son travail. Il ne veut pas arrêter le garçon, car il pense qu’avec l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne, la législation va évoluer, que les peines pour trafic de stupéfiants seront moins fortes. Sa hiérarchie veut un flagrant délit pour obliger le lycéen à avouer son commerce illicite.

Vaslui, la ville natale du réalisateur où le film a été tourné apparaît comme une agglomération fantôme où ne sont présents dans les rues que des policiers, des adolescents se déplaçant en bande et quelques rares habitants. Filmant en longs plans séquence, le réalisateur concentre son regard sur le policier et celui-ci est, au début du film, présent dans chaque plan. La caméra le suit alors que lui-même, file de la même façon le jeune garçon, coupable potentiel de trafic de drogue. Longue filature dont la monotonie semble être volontairement insistante pour mieux se communiquer au spectateur et l’entraîner dans les questionnements où est plongé Cristi à propos de la mission dont il est chargé.

Le policier qu’on a suivi dans l’exercice de ses fonctions est ensuite montré dans son intimité conjugale. Une séquence suffit à cela. Elle a pour cadre son petit appartement. Cristi. regarde la télévision, pendant que sa femme écoute attentivement sur son ordinateur le dernier succès à la mode. Un échange s’engage. Lui trouve la chanson "Que serais je sans toi ?" niaise, tandis qu’elle, enseignante au fait de la question linguistique, analyse minutieusement le texte, expliquant qu’il s’agit d’anaphores et que les images faussement mièvres contiennent des symboles essentiels. A partir de ce moment, Cristi sera toujours dans le champ. Il n’en sortira que dans le dernier plan, après que son supérieur, lors d’une séquence magistrale qui fait écho à la scène de la chanson, lui ait expliqué ce qu’il faut entendre par "conscience" donnant lieu à la scène du dictionnaire, un moment d’humour décalé qui transporte le récit dans un tout autre domaine, faisant référence au pays même, cette Roumanie encore toute livrée à des réflexes inspirés du régime autoritaire.
Si on pense au cinéma de Melville ou à celui de Bresson, Corneliu Porumbolu réalise avec "Police Adjectif" une œuvre personnelle qui renouvelle à la fois la satire socioprofessionnelle, la démarche humoristique décalée et le documentaire en optant pour un choix narratif inédit.
Francis Dubois

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