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Un film de Constantin Popescu (Roumanie-France)

« Pororoca, pas un jour ne passe » Sortie en salles le 6 juin 2018.

Cristina,Tudor et leurs deux enfants Maria et Ilie forment une famille heureuse qu’aucune ombre à l’horizon ne menace. Mais un dimanche matin, alors que Tudor se trouve avec ses deux enfants dans le parc où ils ont leurs habitudes, Maria disparaît. Les recherches restent vaines et le terrible événement va brusquement et définitivement remettre en question la solidité de l’édifice.

Cinéma : Pororoca

Il est probable que le sujet du film ait touché de près le cinéaste à un moment de sa vie et que son film ait hérité à ce titre d’une grande justesse d’observation pour tout ce qui a trait à la souffrance liée à un deuil ; et c’est sans doute ce qui explique que le récit ne verse jamais dans le chantage à l’émotion.

Le vrai défi du film était de trouver le bon équilibre entre l’honnêteté intellectuelle à propos de cette histoire sensible tout en restant honnête vis à vis du public qui irait voir le film comme une simple fiction sur le sujet d’une disparition d’enfant.

« Pororoca » avait donc le devoir de rester juste comme si le moindre écart narratif, une concession trop appuyée à ce sujet glissant et d’un façon générale, ce qui reviendrait à un mensonge, pouvait ébranler l’édifice et faire sombrer le film dans le pathos ou la sensiblerie.

Si, dans le film, la mère de l’enfant s’extrait de tout ce qui a trait à la disparition en quittant les lieux du drame et le domicile conjugal, Tudor va trouver refuge dans une toute autre démarche : mener lui-même l’enquête et découvrir en la personne d’un habitué du parc à qui il attribuera des agissements suspects, celui qui aurait enlevé et fait disparaître sa fille.

Cette enquête qui va vite devenir obsessionnelle va le faire progressivement sombrer dans une folie qui deviendra pour lui, un autre refuge.

Le film de Constantin Popescu suit le personnage de Tudor jusque dans ses moindres gestes et c’est cette insistance à déceler sur sa personne, dans ses allées et venues, dans son comportement dépressif, les signes de la souffrance qui vont entamer une lente chute irréversible et nous familiariser avec l’idée de la folie qui va insensiblement s’emparer de Tudor. Car même si on n’adhère pas toujours aux réactions « animales » de Tudor, le personnage provoque l’empathie du spectateur.

L’enquête qu’il mène, la filature qu’il entame sur l’homme qu’il soupçonne être lié à la disparition de sa petite fille et dont veut l’écarter le policier en charge des investigations, ne repose pas forcément sur des soupçons fondés. La démarche qui prend une forme obsessionnelle est plus un exutoire à la souffrance, une nécessité d’agir à tout prix, de ne pas rester inactif qu’une enquête à proprement parler qui déboucherait sur de véritables preuves.

Sur le sujet angoissant de la disparition d’un enfant dont on sait très vite qu’il ne réapparaîtra jamais, Constantin Popescu réalise une œuvre d’autant plus terrible qu’elle se déroule presque en marge de la tragédie proprement dite, dans une sorte de sérénité ravageuse souterraine.

Il rend compte plutôt qu’il ne décrit ces moments dramatiques où en dépit de la terrible épreuve de la disparition de l’enfant, le quotidien peut reprendre ses marques et de quelle façon cette épreuve cruelle peut opérer, à l’insu des protagonistes, son travail de destruction. La complicité puis la rupture du couple, la solitude du père et sa dégringolade psychologique et de quelle façon s’immiscent, dans les fissures du désastre et de la souffrance extrême, les signes avants-coureurs de la folie.

Bogdan Dumitrache compose un Tudor poignant.

Francis Dubois

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