Actualité théâtrale

au Théâtre de l’Ouest Parisien, puis en tournée

"Portrait d’une femme" de Michel Vinaver. Mise en scène Anne-Marie Lazarini

En 1951, Pauline Dubuisson, étudiante en médecine, fut accusée du meurtre de Félix Bailly, son amant. Le drame se produisit au moment où celui-ci lui avait préféré une autre jeune fille qu’il s’apprêtait à épouser.
Jean-Marc Théolleyre, chroniqueur judiciaire au journal Le Monde, fit des comptes rendus réguliers de ce fait divers. Michel Vinaver conserva chacune des éditions du journal, certain que cette histoire ressurgirait un jour.
Trente ans plus tard il y revient et dresse le portrait de cette femme mystérieuse qui, bien qu’ayant reconnu le crime, resta étrangère aux accusations, à son entourage et à elle-même.
Tout l’intérêt du texte de Vinaver réside dans ce portrait, dans la façon dont il procède pour peindre et approcher au mieux l’énigmatique ou au contraire, limpide personnage. Car cette ambiguïté engendre une véritable énigme et Sophie, dans sa candeur, multiplie, sans doute inconsciemment mais efficacement, les esquives, le feintes, les fausses pistes, jetant le trouble en livrant ici ou là, une autre facette de sa personnalité.
Anne Marie Lazarini, dans son travail, ne s’est pas suffisamment centrée sur le personnage de Sophie. Elle a donné beaucoup trop de réalité aux autres personnes liées au fait divers dont les révélations s’avèrent finalement redondantes tant, par sa simple présence, Sophie les inclut tous et révèle leurs maladresses. Du coup, le personnage de Sophie se fond dans un mouvement général et le spectacle prend la forme d’une reconstitution ordinaire, parfois un peu pataude et que vient alourdir le décor trop conséquent du tribunal.

Elle aurait dû centrer le travail sur le personnage de Sophie qu’autant qu’elle
avait trouvé, pour l’interpréter la comédienne qui lui fallait, Jocelyne Deverchère. Celle-ci compose une Sophie toute en nuances et tout à la fois, animal blessé, être volontaire, cassant, soumis, aimante indifférente ou revêche, avec la même densité et la même légèreté de jeu.
Tout le plaisir, on le comprend très vite, tient à cette interprétation foisonnante, précise et retenue et à la grâce que dégage cette comédienne.
Francis Dubois

Une création Les Athévains. Co-production Théâtre des Quartiers d’Ivry
Du 6 au 10 avril à La Criée/Théâtre National de Marseille
Du 20 au 30 avril à la Comédie de Genève

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