Actualité théâtrale

Jusqu’au 27 janvier au Théâtre de La Ville-Espace Cardin

« Portrait de Ludmilla en Nina Simone »

David Lescot a choisi de croiser le parcours de Nina Simone, pianiste, chanteuse et compositrice et celui de Ludmilla Dabo, actrice et chanteuse de jazz, que l’on avait admiré récemment dans Jaz au théâtre de La Cité Internationale. Cela commence, comme un biopic, par l’enfance de Nina Simone, qui s’illustra très jeune comme pianiste et chanteuse de gospel à l’église où sa mère était pasteure. Son talent exceptionnel lui valut des aides financières pour aller à la Julian School de New-York préparer le concours du célèbre Institut Curtis de Philadelphie car son rêve était d’être la « première pianiste classique noire ». Seule élève noire de sa promotion, elle ne fut pas admise et pensa que la couleur de sa peau en était responsable, ce qui l’encouragea à s’engager résolument dans la lutte pour les droits civiques, soutenant Martin Luther King mais préférant à la non violence une voie révolutionnaire. Elle chanta ensuite dans des clubs des « chansons matérialistes » comme sa mère appelait ces compositions où elle mêlait jazz, blues, soul et musique classique. Sa carrière l’emmena dans toutes les grandes salles de concert aux États-Unis et dans le monde.

Théâtre : Portrait de Ludmilla en Nina Simone

Ludmilla Dabo grande, belle, sculpturale, en robe noire très décolletée, qu’elle troquera ensuite pour une robe blanche et un turban blanc, ne se contente pas de raconter l’histoire de Nina Simone. Elle y glisse nombre de ses chansons les plus célèbres, Be my husband qui lui permet de parler des hommes de la vie de Nina Simone et comme elle le dit « il y en eut beaucoup ! », Mississipi Goddam pour son engagement politique ou My baby cares for you.

David Lescot accompagne Ludmilla à la guitare, le piano a été délaissé comme si l’échec de Nina Simone à l’Institut Curtis l’en avait définitivement éloigné. Il est aussi un interviewer hors pair. Des questions sur Nina Simone qui permettent à Ludmilla Dabo de raconter la jeunesse et l’engagement de la chanteuse, il passe aux questions à Ludmilla, la poussant à évoquer des anecdotes sur des moments de sa vie où elle-même a ressenti sinon le racisme du moins des petites blessures face à certaines réactions concernant la couleur de sa peau. Certes la France d’aujourd’hui n’est pas les États-Unis des années 50-60, mais lorsqu’elle raconte qu’au cours de sa formation de comédienne, lorsqu’elle a dit que le rôle dont elle rêvait était celui d’Agnès dans L’école des femmes, et que ses camarades ont ri, on pense au rêve brisé de la petite Nina Simone. David Lescot lui offrira en rappel une délicieuse revanche.

Dans la petite salle rouge de l’Espace Cardin on est au plus près des deux artistes un peu comme dans un club de jazz. On est une fois de plus séduit par l’intelligence du projet de David Lescot qui n’a pas succombé à l’attrait du biopic mais a préféré tresser le parcours des deux artistes au regard de la question de la place des minorités dans les milieux artistiques. Et l’on se régale du talent de comédienne et de chanteuse de Ludmilla Dabo.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

Théâtre de La Ville-Espace Cardin

1 avenue Gabriel, 75008 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

En tournée ensuite : le 11 mai au Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France, du 22 au 24 mai à La Filature à Mulhouse

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