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Un film de François Ozon (France)

"Potiche" Sortie en salles le 10 novembre

En 1977, dans le Nord de la France, Robert Pujol dirige, avec fermeté et paternalisme, une fabrique de parapluies que sa femme Suzanne a hérité de son père. Tracassé par une grève qui menace certains ateliers, il est victime d’un accident cardiaque qui va le tenir éloigné de son poste pendant plusieurs semaines. Son fils Laurent, qui a la fibre artistique, n’est pas en mesure de prendre la relève, pas plus que Joëlle, sa fille sur le point de se séparer d’un mari toujours en voyage, ou son fondé de pouvoir qu’il vient justement de licencier.

Suzanne, son épouse de tout temps reléguée au rang de potiche, mais pas si "cruche" va cependant accepter de s’y coller. Elle gagnera, grâce à une conception ouverte et innovante du rôle du chef d’entreprise, la confiance des délégués syndicaux et des ouvriers. Mais à son retour, Robert fera tout pour reprendre sa place et récupérer son pouvoir…
"Potiche" est à l’origine une pièce de boulevard de Barillet et Grédy que joua avec un succès Jacqueline Maillan. Comme il l’a fait pour "Huit femmes" une pièce policière de Robert Thomas, François Ozon en a écrit l’adaptation en proposant très tôt le rôle de Suzanne à Catherine Deneuve.
Depuis "Le temps qui reste" en 2005, ce cinéaste qui occupe une place à part dans le cinéma français semblait avoir perdu la main.
Les films réalisés depuis, "Angel" en 2007, "Ricky" en 2008 et "Le refuge" en 2009, s’ils ne mettaient pas en cause ses qualités de réalisateur inspiré et éclectique, n’ont jamais rencontré l’adhésion du public et son nom est resté pendant toutes ces années lié au seul succès de "Huit femmes".
François Ozon a visé juste en revenant à la comédie et en adaptant une autre fois, une pièce de boulevard. "Potiche" est un film réussi, savoureux, finement ciselé, drôle avec finesse, servi par une équipe de comédiens complices au mieux de leur talent. Catherine Deneuve est drôle. Fabrice Lucchini qui a, pour l’occasion, renoncé à son numéro habituel, est parfait. On peut citer Karine Viard en secrétaire pas si nunuche, Judith Godrèche en réincarnation de Farah Fawcett et qui trouve là un rôle à sa mesure ou Jérémie Renier irrésistible en fils de famille décalé…
François Ozon est resté fidèle à l’époque de la pièce, les années soixante dix, et il joue à mettre en écho le contexte économique d’alors et la situation actuelle, à glisser dans son dialogue quelques répliques élyséennes devenues célèbres. Il y a aussi le plaisir de la reconstitution. La mode vestimentaire, les décors des intérieurs sont là sans jamais tomber ni dans la nostalgie ni dans le cliché. Il faut souligner également le choix des chansons de l’époque, de Michèle Torr aux Bee Gees jusqu’à cette belle chanson de Jean Ferrat qu’interprète merveilleusement, entre clin d’œil et émotion, Catherine Deneuve.
François Ozon apporte avec son nouveau film, la preuve que le cinéma français est capable de nous amuser franchement sans avoir à grossir le trait, sans tomber ni dans l’excès ni dans la vulgarité mais en jouant la note juste jusque dans les débordements et les ruptures de ton.
Souhaitons à "Potiche" le succès qu’il mérite.
Francis Dubois

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