Actualité théâtrale

Théâtre La Bruyère

"Pour l’amour de Gérard Philipe" Texte, mise en scène et musique de Pierre Notte

Madame Gérard a donné à son fils le prénom de Philippe en raison de sa grande admiration pour l’interprète du "Cid" et du "Prince de Hombourg". Mais l’enfant, né avec un seul doigt à chaque main, va s’appliquer à fuir les modèles fantasmés par les autres et, tirant profit de sa malformation, se révéler à lui même en devenant le contraire de ce qu’on attendait de lui.

Le théâtre de Pierre Notte est indéfinissable. On pourrait dire que son écriture est différente d’une fois à l’autre et que c’est le sujet choisi qui définit non seulement l’atmosphère, mais le style, la respiration ou la construction du texte.
Peu de choses à voir entre "L’enfant sur le loup" joué cette saison au Théâtre du Rond Point qui s’appuyait sur un fait divers pour mieux s’en écarter et la pièce qui se donne en ce moment au Théâtre La Bruyère.
La première scène donne le ton. Une femme invite son fils hors champ, à saluer son père et quand, subitement, une croix surgit au milieu du décor, on découvre qu’on est dans un cimetière et que c’est sa tombe et non le père en personne qui est à saluer (*). La mère est étouffante, à répéter sans interruption les mêmes phrases, les mêmes recommandations. Etouffante aussi quand elle énumère les espoirs qu’elle fonde sur l’avenir du pauvre gamin bien mal parti pour s’en aller à l’aventure puisque avec sa malformation, il n’a même pas de pouce pour faire de l’auto-stop…
Et on se laisse étourdir dans son fauteuil par les entrées et sorties de personnages, les changements d’univers, de décor, la drôlerie de Sophie Artur (la mère) quand elle s’empare d’un texte qui court après bons mots et mots d’auteur. Elle le fait avec une légère distance qui exploite l’option racoleuse autant qu’elle la dénonce.
Le rythme endiablé, le ping-pong des répliques, le "parler" et le "chanter" mêlés, les espiègleries sympathiques d’ Emma de Caunes, le métier de Bernard Alane ou les balbutiements affligeants du chanteur Raphaël sont autant d’atouts que de motifs d’irritation.
Le spectacle qu’on voit se dérouler sous nos yeux est-il malin ou naïf ? Est-il construit ou va-t-il au hasard ? Les ruptures de ton, les changements d’univers, la course au bons mots. sont-ils à mettre au compte du talent de l’auteur ou de sa maladresse ?
Mais au bout du compte, ce qu’on garde en mémoire, ce sont les moments réussis, les quelques uns qui donnent sa coloration déjantée au spectacle.
Francis Dubois

Théâtre La Bruyère
5 rue La Bruyère Paris 9 ème
Location 01 48 74 76 99 (se réclamer du Snes et de cet article, le Théâtre étant sollicité pour le partenariat Réduc’snes)
www.theatrelabruyere.com

(*) père, interprété par Romain Apelbaum, dont on découvrira, dans un climat souvent onirique ou allégorique, qu’il se serait tué en tombant d’un manège forain sous les yeux de son fils, marqué de ce fait par une culpabilité qui traverse aussi la pièce, comme le conflit sur de nombreux points entre ses parents, tant sur le plan politique –esquissé – que sur sa propre dénomination… Ph. Laville

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