Actualité théâtrale

Jusqu’au 2 janvier 2019 à La Manufacture des Abbesses

« Pour le meilleur et pour le dire »

Imaginons une femme hypersensible qui sort d’une histoire d’amour ratée avec un pervers narcissique et qui rencontre un homme vulnérable, amoureux fou d’elle mais qui n’arrive pas à lui confier ses secrets et ses tourments. Elle voudrait un enfant, pas lui, d’ailleurs il en a déjà un. Elle ne comprend pas, il ne donne aucune explication. La situation va se prêter à tous les malentendus, d’autant plus qu’apparaissent dans leur histoire la meilleure amie de l’homme à qui il prête parfois son appartement, une psychanalyste qu’ils partagent sans le savoir et qui ignore le lien entre ses patients, et le fils de celle-ci qui voudrait des conseils pour « pécho » une fille !

David Basant et Mélanie Reumaux, tous deux coach et auteurs conscients de l’importance de la parole, ont eu envie d’écrire sur le non-dit et sur la difficulté à communiquer quand l’émotion est trop forte. Leur écriture a été le socle d’improvisations « au plateau ». Le résultat est un texte où l’émotion côtoie la comédie. Le personnage de la psy est inspirée de Elsa Cayat, la psychanalyste de Charlie Hebdo, tuée aux côtés des journalistes et dessinateurs lors de l’attentat de 2015, et qui se trouvait être la psy de David Basant.

Théâtre : Pour le meilleur

Les séquences alternent les duos entre les divers personnages, dans l’appartement de Julien où il retrouve Audrey ou au café où les uns et les autres se rencontrent et les séances chez la psy que fréquente aussi l’amie de Julien, Coralie. Son cabinet est au milieu de la scène, isolé par un voile, ce qui rend les entrées et sorties rapides et favorise les malentendus comme dans un vaudeville moderne.

Céline Perra incarne Audrey, dessinatrice de BD jeunesse, qui s’élance dans cette nouvelle aventure amoureuse et ne comprend pas ce qui retient l’homme qu’elle aime. Elle convainc et séduit en portant les élans et les chagrins de son personnage et en alternant tendresse, rébellion et larmes. Roger Contebardo incarne les tourments de Julien, amoureux comme il ne l’a jamais été mais incapable de lever le voile sur ses secrets, même à la femme qu’il aime. Tessa Volkine est la psychanalyste, alternant tics lacaniens hilarants, autorité pour couper court aux séances et renvoyer des questions tout en révélant parfois ses failles. Elle est drôle quand elle tend une boîte de Kleenex ornée d’un Mickey à sa patiente effondrée ou quand elle conclut en renvoyant son patient en fin de séance, émouvante aussi sous son apparence très sûre d’elle. Elle est la reine de la parole. À leurs côtés Caroline Brésard est Coralie, jeune femme libre, toujours à la recherche du compagnon idéal et Édouard Giard, le fils de la psy, jeune chien fou. Tous donnent à leurs personnages une vraie épaisseur, un passé juste évoqué mais qui suffit à les rendre attachants.

Les comédies où la caricature est bannie, où le rire est parfois proche des larmes, ne courent pas les rues. Celle-ci en est une.

Micheline Rousselet

Lundi, mardi, mercredi à 21h, dimanche à 20h

La Manufacture des Abbesses

7 rue Véron, 75018 Paris

Réservations : 01 42 33 42 03

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