Actualité théâtrale

Théâtre Le Lucernaire – Partenaire Réduc’Snes - jusqu’au 2 février 2013

"Pour un oui ou pour un non" de Nathalie Sarraute Mise en scène de René Loyon.

L’Un est préoccupé par le comportement, soudain devenu distant, de l’Autre à son égard. Il l’interroge sur les raisons de ce changement. Il n’y a d’abord aucune raison et l’Autre réfute la moindre modification dans la qualité de leurs relations.

Mais sous l’insistance des questions de l’Un, l’Autre finit par reconnaître les faits et signifier à l’Un qu’une petite phrase qu’il a prononcée a fait son chemin et finalement commis des ravages dans une amitié vieille de plusieurs décennies.

Il s’agit d’un " C’est bien…çà" lâché par l’Un à l’adresse de l’Autre alors que celui-ci faisait part à l’Un, d’une raison d’être satisfait de lui. Le ton condescendant de la petite phrase meurtrière lancée avec une longue respiration entre " C’est bien" et "ça" s’est avéré blessant. Et aucune explication ou justification ne pourra désormais réparer le malaise qui s’est installé entre les deux amis…

Nathalie Sarraute, avec ce texte écrit au scalpel, s’amuse à creuser le sillon de l’obsession et plus les mots et les phrases puisent dans le lieu commun, plus le dialogue est banal et insignifiant, plus la rumination engendre un sentiment de malaise.

Il pourrait s’agir d’un jeu, d’un rituel entre les deux hommes. On peut tout aussi bien, prendre le quiproquo au pied de la lettre et mesurer l’ampleur du ravage.

On pourrait s’en tenir à la première réponse de l’Autre : rien ne s’est produit et la relation entre les deux hommes est intacte.

Mais "Rien" est un mot dangereux pour peu qu’on se risque à explorer le moindre des petits signes inclus dans ce "rien" mais qui finissent, reliés les uns aux autres, par tisser de singuliers mystères.

Pour aller plus avant, pour en avoir le cœur net et s’acharner à connaître la vérité, on finir par tourner le quotidien en fantastique et à pénétrer dans des régions risquées où rentrent dans le jeu, l’irrationnel, la peur, une angoisse qui finissent par faire percevoir l’autre qui était encore un ami, quelques instant auparavant, comme un ennemi.

René Loyon a choisi un plateau nu, un jeu d’éclairages discret et pour ses comédiens, des postures attendues. Il laisse toute sa place au texte et aux ambiguïtés grandissantes.

Il faut, pour accompagner un texte en apparence aussi fragile et lui donner la force qu’il révèle en filigrane, des comédiens de grand talent.

Jacques Brücher et Yedwart Ingey sont formidables pour donner toute sa force à ce texte "minimaliste". L’un distingué, aristocratique, économe de ses gestes, l’autre confus comme empêtré dans un propos qui le dépasse.

Il faut aller voir ce véritable petit joyau.

Francis Dubois

Théâtre Le Lucernaire 53 rue Notre-Dame des Champs 75 006 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 06 11 90

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Comparution immédiate II : une loterie nationale ? »
    Plusieurs pièces se sont attachées ces derniers mois au spectacle des prétoires. Ce qui s’y passe ressemble souvent à du théâtre, les prévenus comme les avocats, le procureur et les juges se mettant en... Lire la suite (21 janvier)
  • « Le reste vous le connaissez par le cinéma »
    Présentée en juillet dernier au festival d’Avignon, cette version contemporaine des Phéniciennes d’Euripide, écrite par l’auteur britannique Martin Crimp et mise en scène par Daniel Jeanneteau, est... Lire la suite (20 janvier)
  • « Une histoire d’amour »
    Justine sort d’une histoire d’amour avec un garçon et tombe amoureuse de Katia, un amour brûlant. Justine veut un enfant, Katia trop blessée par la vie est très réticente. L’enthousiasme de Justine... Lire la suite (19 janvier)
  • « Dépendances »
    Deux frères, Henri et Tobias se retrouvent dans un appartement vide et un peu délabré qui fut celui de leur famille. Ils attendent leur frère Carl, qui comme d’habitude est en retard, pour décider de... Lire la suite (18 janvier)
  • « Un conte de Noël »
    La metteuse en scène Julie Deliquet a fait des études de cinéma et s’est toujours intéressée au rapport entre théâtre et cinéma, comme elle l’avait si bien montré avec Fanny et Alexandre créé l’an passé... Lire la suite (17 janvier)