Actualité théâtrale

au Lucernaire

"Premier combat" Jean Moulin - Jusqu’au 25 février

La Compagnie Archipel présente un texte de Jean Moulin écrit au printemps 1941 alors qu’il venait d’être radié de l’Administration par le Gouvernement de Vichy. Il y note les évènements survenus en 1940 qui l’amèneront ensuite à rejoindre la Résistance. Il confie les feuillets à sa sœur avant de s’envoler pour Londres. Elle les enterre dans le jardin de la maison familiale. Ils en sortiront intacts à la Libération et seront publiés aux Éditions de Minuit.

En 1940, Jean Moulin, jeune préfet doit faire face à la situation chaotique et désespérée créée par la débâcle face à l’arrivée des troupes allemandes à Chartres. Objet d’un chantage allemand il va se trouver, après avoir été torturé, enfermé une nuit avec un Sénégalais. Ironie de l’histoire puisque c’est justement pour avoir refusé de dire qu’un massacre lié aux bombardements allemands était le fait des troupes coloniales françaises qu’il se trouve enfermé.

Écrit à une époque particulière le texte trouve des échos dans l’actualité. Accroché à une idée étriquée de l’identité nationale, le Président de la République ne cesse de chercher des héros nationaux. En voici un dont ses conseillers pourraient un peu plus s’inspirer, un haut fonctionnaire droit, qui a le sens du devoir, de l’intérêt de la Nation, qui ne peut accepter de mentir en accusant l’armée coloniale de crimes qu’elle n’a pas commis. La France est certes vaincue mais il s’attend à ce que les vainqueurs respectent les vaincus et les Institutions du vaincu, dont il est un représentant. Les Nazis face à lui vont rapidement lui faire comprendre son erreur et son honneur sera de refuser de se soumettre. On se retrouve dans une situation très théâtrale, très cornélienne avec un homme confronté à un choix où ce qui est en jeu c’est sa vie et sa conception de l’honneur.

La mise en scène de Christian Fregnet sert bien le texte. Un simple grillage entre spectateurs et acteurs évoque l’enfermement du héros dans Chartres coincé par l’avancée allemande, puis emprisonné par la Gestapo. Une projection au mur des dates et heures crée une tension qui renvoie à l’urgence des décisions à prendre, à l’immensité des tâches à accomplir pour faire face à la situation et à la fatigue qui gagne. Valéry Forestier campe un Jean Moulin qui fait face à ses responsabilités et aux choix qu’il lui faut faire. Christian Julien incarne la présence de ce Sénégalais que l’on n’a jamais retrouvé, mais il est aussi le Nazi et le narrateur. Tous deux ont une forte présence et savent faire de ce texte un modèle de réflexion sur ce qu’est la France aujourd’hui.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 18h30
Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 48 91 10

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