Actualité théâtrale

Jusqu’au 2 décembre au T2G, Théâtre de Gennevilliers

« Price » Réduc’Snes

Dans une petite ville américaine, où l’industrie décline tandis que la pollution et le chômage augmentent, Dany, qui vient de terminer le lycée, s’interroge sur son avenir, tout comme ses copains Larry et Billy. Entre des parents décevants et avec comme horizon désespérant le travail à la raffinerie comme leurs pères, ils cherchent à se construire un avenir. Face à son père qui veut qu’il connaisse les mêmes difficultés que lui, qu’il ne réussisse pas mieux que lui et qui refuse même que son fils espère, Dany résiste en silence ou par la fuite jusqu’au moment où la maladie de son père brise son élan. Désireux de s’échapper de ce milieu familial mortifère où son père ne cesse de dénigrer sa mère, Dany rêve d’amour avec Rachel, nouvelle venue dans le quartier. Mais Rachel le déconcerte, lui parle de sa chemise quand il attend des mots d’amour et lui reproche de vouloir faire d’elle quelque chose qu’elle n’est pas.

Théâtre : Price

Price est un roman culte de l’écrivain et scénariste Steve Tesich. Arrivé de Yougoslavie aux États-Unis avec sa mère et sa sœur à quatorze ans, celui-ci se découvre un père qu’il avait cru mort en héros pendant la Seconde guerre mondiale. Après trois ans de retrouvailles compliquées, le père meurt d’une tumeur au cerveau. Steve Tesich travaille pour le théâtre et le cinéma et son premier roman publié en 1982, Price connaît un grand succès. Rodolphe Dana, désormais Directeur du CDN de Lorient, a été séduit par ce roman et l’a adapté. Ce dont il y est question, c’est de la difficulté à s’inventer soi-même dans un monde où les adultes ne cessent de se mentir, niant la violence de la réalité économique et sociale, un monde où les promesses ne sont jamais tenues et où on ne cesse de « faire comme si ». Dany, Larry et Billy se débattent pour trouver leur voie dans cet avenir bouché. Dany fait de la lutte, mais n’est pas complètement absorbé par le rêve d’être le meilleur - une place de second lui convient - et son espoir le plus fou c’est l’amour. Billy se sent moins intelligent et aurait rêvé qu’ils se construisent tous les trois un avenir ensemble, mais se résigne et se comporte déjà en vaincu dans le travail comme en amour. Larry est le révolté, celui qui se moque de ses parents « déjà aux anges rien que de le voir » et qui dit « toute ma scolarité m’a permis de comprendre que j’arriverai pas à m’en sortir ».

On est dans un espace très cinématographique. Les personnages évoluent sur un plateau assez vide, semblant se débattre dans leur solitude. Des séquences dialoguées succèdent aux monologues où l’on est dans la tête de Daniel Price. Dany (Antoine Kahan en adolescent très crédible) fait face à son père (Simon Bakhouche, très bon), semblant écouter ses jérémiades, ses reproches, ses récriminations contre sa mère, cette histoire de sourire à laquelle on ne comprend rien au début. Silencieux, c’est avec ses copains qu’il s’anime, les trois garçons occupant alors tout l’espace. Grégoire Baujat, un Billy faible et dépassé fait le contrepoint à Lionel Lingelser, excité, prêt à toutes les outrances pour échapper à cet univers morne. Rodolphe Dana incarne le père de Rachel (Ines Cassigneul), avec ce qu’il faut de décalé et de sarcastique. Grâce au travail remarquable de sa Compagnie, on s’accroche à l’histoire de ces jeunes et de leur famille, dans une Amérique qui à l’aube des années 80 voit déjà poindre une crise d’identité, et c’est passionnant.

Micheline Rousselet

Lundi, jeudi et vendredi à 20h, samedi à 18h, dimanche à 16h

Théâtre de Gennevilliers

41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 41 32 26 26

www.theatredegennevilliers.com

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