Sciences-Physiques au collège : après la réforme...

Programmes de sciences-physiques au collège : plus verts, plus longs Quand on attend un allègement de programme pour raison de crise sanitaire…

Alors que les élèves de collège auront subi entre deux et trois mois de « discontinuité pédagogique » et que le SNES-FSU demande un allègement ponctuel des programmes de façon à travailler plus sereinement l’année prochaine, un projet d’arrêté modificatif des programmes de collège est passé au Conseil supérieur de l’éducation le 11 juin afin d’approfondir l’enseignement au développement durable. Autant dire que cette modification de programme tombe comme un cheveu sur la soupe et ne répond pas à l’attente des enseignants !

Avant même que commence cette crise sanitaire inédite, le sentiment dominant chez les enseignants de sciences-physiques en collège est celui d’un manque de temps pour enseigner les notions au programmes et pour faire réfléchir les élèves. Ils sont obligés de faire des choix dans les programmes et ont l’impression de survoler les notions par manque de temps. En outre, l’absence de repères annuels forts rend leur travail plus complexe et chronophage notamment quand ils changent régulièrement d’établissement et doivent jongler avec les progressions (compléments de service, TZR…). Il leur faut souvent choisir entre balayer toutes les notions ou bien entraîner les élèves à la résolution d’exercices. Les restrictions en moyens horaires empêchent déjà à nombre de collègues de du sens à l’enseignement expérimental car ils n’ont pas l’occasion de pouvoir faire expérimenter les élèves, leurs classes n’étant pas dédoublées. Tous ces problèmes seront donc fortement amplifiés l’an prochain, et d’autant plus si la rentrée s’effectue en mode dégradé.

En 2018, le Conseil supérieur des programmes (CSP) s’était autosaisi afin d’ajuster et de clarifier certains points des programmes de sciences-physiques. Cet avenant n’a cependant jamais été officialisé par une publication au Bulletin officiel. Un autre projet modificatif a été publié par le Conseil supérieur des programmes en 2019 pointant des parties à mettre en exergue car elles concernent l’éducation au développement durable. La proposition de texte était intéressante et prenait appui sur la proposition précédente. A quelques détails près, qui correspondent souvent à des demandes du SNES-FSU, le projet d’arrêté modificatif des programmes synthétise ces deux projets. Dans la pratique, cependant, il sera impensable de pouvoir approfondir plus longuement des notions du fait de la difficulté actuelle de « terminer » le programme.

Lors du Conseil supérieur de l’éducation du 11 juin 2020, instance consultative, le SNES-FSU a été le seul syndicat à proposer des amendements précis, visant à ne pas surcharger les programmes de collège en sciences-physiques. Tous ces amendements ont reçu un vote favorable de l’ensemble du CSE mais l’administration n’a pas tranché sur leur reprise, et a évoqué leur envoi à l’inspection générale. Nous attendons donc la publication des programmes modifiés au bulletin officiel pour voir si ces amendements ont été ou non pris en compte.

Ci-dessous, le déroulé des nouveautés dans les textes programmatiques présentés au CSE.

Quels ajustements de programme au cycle 3 ?

En ce qui concerne les sciences-physiques dans ce programme globalisé où les frontières entre les disciplines sont parfois un peu floues, on relève très peu de modifications. Il s’agit de conjuguer « des questions majeures de la science et des enjeux sociétaux contemporains (changement climatique, biodiversité, développement durable) ».

Quelques précisions de vocabulaire souvent bienvenues donnent plus de justesse au texte initial :
La notion de masse a été clarifiée : « Tout objet matériel possède une masse qui lui est propre et qui peut être mesurée. »

Avant -> après
« Source » d’énergie -> « ressource en » énergie
« Énergie » renouvelable -> « ressources » renouvelable/non renouvelable
Économiser la consommation d’énergie -> optimiser la consommation d’énergie
Effets « à distance » -> effets « résultant d’action à distance »
Mise en évidence de l’effet de serre -> sensibilisation à l’effet de serre au cœur du changement climatique, analogue lointain de l’effet thermique d’une serre
Différentes « formes de » signaux ->différents signaux
« Nature d’un signal, d’une information » -> « distinction entre signal et information »

et surtout un meilleur classement du maelstrom précédent qui listaient des exemples de « sources d’énergie » puisque les piles et les barrages sont désormais classifiés comme « exemple de dispositifs de stockage ».

Les ajouts :
- la « transmission d’une information par un signal »
- en ce qui concerne l’énergie des « exemples de convertisseurs : lampe, éolienne, panneau solaire. »
- « Réaliser des mesures en lien avec la météo (thermomètres, hygromètres, baromètres…) », ce qui présente un intérêt certain.
Mais il n’y a aucune suppression en pendant et c’est ce qui pose problème. Aucun repère de progressivité n’a été ajouté alors qu’ils étaient attendus par la profession.

Quels ajustements de programme au cycle 4 ?

Aux finalités du programme de cycle 4 a été ajouté « d’approfondir la connaissance des notions indispensables à une bonne compréhension de l’origine du changement climatique et ses conséquences ».

Les ajouts :
-  Stockage d’énergie
-  L’influence de la température sur la masse volumique est ajoutée de façon à « d’aborder l’impact du réchauffement climatique sur les glaciers et la banquise. » Si le sujet aurait pu être abordé qualitativement en classe de Cinquième à l’occasion de l’étude des changements d’état, cette prescription quantitative implique pratiquement une séance complète sur ce sujet en Quatrième, voire en Troisième.
-  Dans le cadre de l’étude des mélanges est ajouté : « dépollution, purification, désalinisation… » dans l’objectif « de sensibiliser les élèves au traitement des solutions avant rejet ». Là encore, si on souhaite approfondir le sujet, une séance au moins sera nécessaire.
-  Les élèves seront tenus de connaître la composition de la molécule de protoxyde d’azote sans que soit explicité l’objectif. Est-ce pour dire un mot sur l’addiction de certains d’entre eux à cette substance ?
-  Les réactions de combustions avec l’air sont rétablies explicitement dans le programme. Il était étrange en effet que les seuls transformations chimiques imposées mettent en présence des ions alors que les combustions permettent de travailler des équations de réactions avec des molécules. Cet ajout est donc positif mais il est regrettable que leur oubli dans le texte initial ait conduit la plupart des éditeurs à ne plus traiter les combustions comme exemple de transformations chimiques. Certains manuels seront donc incomplets.
-  « Identifier un dispositif de conversion d’énergie dont le fonctionnement s’accompagne d’une émission de dioxyde de carbone. » La flamme d’une combustion pouvant faire l’affaire, cela peut être traité dans ce chapitre.
-  Transformer la formulation « réactions entre solutions acides et métaux » en « réactions de corrosion d’un métal » réintroduit la rouille du fer qui faisait l’objet d’un chapitre dans le précédent programme. C’est dire que si on se penche sur cette notion, il faut y passer du temps, a minima une séance entière.
-  « Analyser une situation où, pour un système donné, les valeurs des transferts d’énergie entrant et sortant sont différentes. » et « Associer l’émission et l’absorption d’un rayonnement à un transfert d’énergie. Rayonnement émis par un objet. Absorption d’un rayonnement par un objet. Transfert d’énergie par rayonnement. Absorption du rayonnement terrestre par les gaz à effet de serre. » « Ce thème fournit l’occasion d’analyser un bilan qualitatif d’énergie pour le système Terre-atmosphère. L’étude privilégie des situations concrètes : chauffage par absorption d’un rayonnement, images thermographiques (images satellitaires, d’habitations, d’objets de la vie quotidienne, d’êtres vivants…). » Etudier l’effet de serre va prendre du temps.
-  Dans les exemples : « L’évaluation d’un coût énergétique associé à une utilisation du numérique en est également une illustration pertinente. Cette thématique fournit l’occasion de présenter des dispositifs permettant de convertir de l’énergie électrique dans un objectif de stockage. »
L’objectif de quelques ajouts est ainsi explicité : « Elles permettent d’aborder des sujets liés à la sécurité, à notre impact sur le climat et l’environnement (émission de gaz à effets de serre, acidification des océans) et de proposer des pistes pour le limiter (ressources d’énergie décarbonée, traitement des déchets, recyclage, captation du dioxyde de carbone). C’est l’occasion de sensibiliser ainsi les élèves à la notion d’empreinte (ou bilan) carbone. »
- Il est indiqué l’importance de différencier les « transferts » des « conversions » d’énergie.

Des suppressions sont à noter :
-  « Connaitre et comprendre l’origine de la matière. Comprendre que la matière observable est partout de même nature et obéit aux mêmes lois. Comparer les ressources terrestres de certains éléments. La matière constituant la Terre et les étoiles. » sans doute parce que ce point du programme traite en creux de la fusion nucléaire or le SNES-FSU avait demandé et obtenu que les transformations nucléaires n’apparaissent pas dans le programme pour ne pas le surcharger davantage et parce qu’en Troisième la compréhension des transformations chimiques et de la structure de l’atome est encore fragile. Cet ajout aurait pu multiplier les risques de confusion. C’est un ensemble de notions souvent éludé par les collègues par manque de temps.
-  Plus mystérieuse est la disparition de la loi d’unicité des tensions, rare loi de l’électricité qui permet de contextualiser le cours et les exercices puisque les appareils électroménagers sont tous branchés en dérivation dans un logement.
-  Le point d’application d’une action modélisée par une force disparaît en mécanique.
-  Deux exemples qui devaient rarement être traités sont supprimés : « Expérimenter la persistance du mouvement rectiligne uniforme en l’absence d’interaction (frottement). Expérimenter des actions produisant un mouvement (fusée, moteur à réaction) »
-  « Signal et information Comprendre que l’utilisation du son et de la lumière permet d’émettre, de transporter un signal donc une information. » et « Les élèves découvrent différents types de rayonnements (lumière visible, ondes radio, rayons X…) ». Cette suppression va dans le sens des demandes du SNES-FSU par rapport au projet du Conseil supérieur des programmes qui prévoyait d’alourdir cette partie.

Des clarifications de vocabulaire pertinentes :
-  « Type d’énergie » -> « forme d’énergie »
-  « Interaction » -> « action exercée sur un objet »

L’avis du SNES-FSU :

Les repères annuels forts demandés par le SNES-FSU n’ont pas été ajoutés. Il y a plus d’ajouts que de suppressions. Le programme sera donc encore plus dense qu’auparavant, ce qui est contre-productif. Il faut, en tout cas, que le ministère renonce à mettre en place cet avenant pour les rentrées 2020 et sans doute aussi 2021 après toutes ces semaines d’enseignement manquantes.

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