Physique-Chimie au lycée : dans la perspective de la réforme

Projet de réforme : un lycée bancal pour les scientifiques !

Le 14 février 2018, ce n’est pas seulement une nouvelle maquette du baccalauréat qui a été présentée au public mais aussi celle d’un lycée profondément transformé. La place des sciences y est plus incertaine que jamais.
Afin de ne pas mettre la charrue avant les bœufs, cet article présentera d’abord la nouvelle architecture du lycée puis celle du bac sous l’angle aigu de la physique chimie.

Un lycée déstructuré :

Le SNES-FSU a su faire entendre au ministère son refus de la semestrialisation des enseignements que promouvait le projet Mathiot, qui sous-tendait une annualisation des services des enseignants et la remise en cause du statut acquis en 2014. Il faudra rester attentif car les intitulés pluridisciplinaires de tronc commun ou de spécialités pourraient engendrer localement des organisations annualisées ou des bivalence.

Classe de Seconde :

L’année est trop avancée pour instaurer si tardivement un « changement organisationnel majeur » de la Seconde à la rentrée 2018. Rien ne garantit cependant le statu quo pour les rentrées suivantes.
Toutefois, on apprend que :

- 2h d’AP seront « concentrées sur la maitrise de l’expression écrite et orale »… ce qui réduit les possibilités de les voir consacrées aux sciences.

- 54h annuelles seront consacrées à l’orientation, soit plus d’1h30 effective par semaine. Beaucoup d’inconnues planent sur cet horaire : effectifs, contenus, organisation, personnels (professeur, psy-en, personne extérieure), rémunération (dans le service, HSE, HSA, compris dans l’ISO)

- Une question d’importance demeure : les enseignements d’exploration seront ils maintenus ?

Cycle terminal :

- Un « socle de culture commune », oxymore s’il en est, comportera du français (ou philosophie en Terminale), de l’histoire-géographie et EMC, 2 langues vivantes, de l’EPS et une nouveauté : les « humanités scientifiques et numériques » dont on peine à définir le champ exact - il faudra sans doute attendre l’écriture des programmes pour en savoir plus- qui remplacera l’enseignement scientifique (PC-SVT) actuellement assuré en 1ère L et ES. Selon les déclarations orales du ministre, l’enseignement d’HSN devrait être dispensé par des enseignants de sciences, philosophie et d’HG…donc à une dilution des enseignements scientifiques du tronc commun à dose homéopathique !

- Disciplines de spécialité : 4 heures pour chacune des 3 disciplines choisies en Première (ce qui s’approche de l’horaire actuel dans les lycées où de l’AP est consacré à la physique-chimie en 1ère S) puis 6 heures pour chacune des 2 disciplines conservées en Terminale

- 1h30 hebdomadaire d’orientation sans doute aux dépens de l’actuel AP qui n’est plus mentionné.

- Un maximum de 3 heures d’enseignement facultatif, dont les sciences expérimentales sont exclues.

Ce que pense le SNES-FSU :

- L’absence de changements en seconde à la rentrée 2018 ne supprime pas toutes les inquiétudes liées à ce premier niveau de lycée. Quelle sera l’évolution future pour correspondre ou préparer à la modularité du cycle terminal ? Comment vont évoluer les enseignements d’exploration ? L’AP totalement fléché vers la maitrise de l’expression écrite et orale restera probablement inaccessible aux enseignants de sciences…

- La modularité, déclinée de façon un peu progressive par la réduction de choix de spécialités entre la première et la terminale implique que l’élève abandonne PC ou SVT à moins qu’il ne choisisse une des deux spécialités de mathématiques en option (ce qui ne leur fera que 3h de math). Le choix des spécialités dépendra très certainement des programmes. Par exemple, si l’on continue dans l’esprit des résolutions de problème comme dans la spécialité actuelle, il risque d’y avoir une désaffection de la spécialité PC dans le nouveau lycée.

Cette modularité pose de sérieux problèmes :
o la poursuite d’études supérieures (Licences SVT, PACES, BCPST…) nécessite des connaissances solides autant en physique-chimie, SVT que mathématiques : les élèves seront donc confrontés à un choix – cornélien ! - en fin de première…
o … choix d’autant plus crucial qu’il sera aussi contraint par les attendus (et les pratiques) de Parcoursup (peut-on espérer que le supérieur adapte ses attendus ?... la mise en place de Parcoursup ne laisse que peu d’espoirs…)
o et il est évident que ces choix ne résoudront pas la « hiérarchie des séries » (voir l’étude de l’exemple anglais)

- Beaucoup de questions – et d’inquiétudes ! – se posent concernant l’enseignement des « humanités scientifiques et numériques » : quels contenus ? quels enseignants ?... On ne peut que penser à la globalisation des heures et des programmes de sciences et technologie en Sixième et à leur impact délétère au sein des équipes pédagogiques. Quels déchirements attendent les collègues en salle des professeurs, chaque année, et lors des répartitions de services ? Un des enjeux est clairement de remettre en cause les disciplines scolaires, et la qualification disciplinaire des professeurs qui les enseignent, notamment parce que cela permet une « gestion des ressources humaines » plus « flexible ».

- L’absence d’option de sciences expérimentales ne permettra pas à des élèves ayant choisi spécialités non scientifiques de pouvoir accéder à une vraie culture scientifique.

- Enfin en termes d’heures postes, le bilan risque d’être très lourd la perte des heures d’enseignements en ES/L et l’incertitude sur la sur la deuxième spécialité prise en terminale (PC ou SVT) ne sera certainement pas compensée par le gain d’heure minime en première (+0.5h au maximum) et en terminale (+0,5hmaximum). Quant aux groupes à effectifs réduits, ils ne sont guère mentionnés, ce qui est très inquiétant.

Le « futur bac » : où sont passées les ECE ?

- 5 épreuves anticipée et terminales comptant pour 60 % de la note :
o Épreuve anticipée de français en fin de Première ;
o 2 épreuves écrites des disciplines de spécialité, au retour des vacances de printemps (pour une prise en compte dans Parcoursup) ;
o 2 épreuves en juin, la philosophie et un oral de 20 minutes (« préparé tout au long du cycle terminal » et adossé à un ou deux enseignements de spécialité)

- Un contrôle continu portant sur 40 % de la note :
o Prise en compte des bulletins scolaires pour 10 % ;
o Organisation d’épreuves communes, à partir de banques nationales, avec copies anonymes, échanges de professeurs et harmonisation : 2 au cours de la Première et une en Terminale.

Ce que pense le SNES-FSU :

Une forte inquiétude porte sur la disparition des épreuves d’ECE : citées explicitement dans le rapport Mathiot, mais elles ne sont pas mentionnées dans le bac Blanquer. Sont-elles condamnées à disparaître ?

- Tous les détails des évaluations ne sont pas encore connus (reste à espérer que cette épreuve fasse explicitement partie de l’épreuve finale de PC…) ;

- Une question se pose concernant la partie du programme qui sera soumise au « partiel » : comment sera contrainte la progression en terminale pour que tous les candidats aient traité les parties concernées ? au vu de la période de cours réduite en terminale, l’examen portera-t-il aussi sur le programme de première ? On remarque comment une « semestrialisation » de l’enseignement pourra s’installer de facto pour préparer d’autres réformes.

- La préparation de l’oral, qui pourra porter en tout ou partie sur la PC, sans horaire dédié et sans moyens semble extrêmement problématique

Et les programmes dans tout cela ?

Le Conseil supérieur des programmes est saisi d’une commande pour mettre en œuvre toutes les nouveautés de ce projet de réforme à la rentrée 2019 en première (et également en seconde).

Après l’expérience malheureuse de l’écriture des programmes de collège dans un délai trop restreint pour permettre une cohérence horizontale entre les disciplines, le pire est à craindre. Le manque de temps et la complexité des possibilités des parcours ne permettront pas de construire des programmes complémentaires permettant d’approcher des objets communs d’étude de façon constructive d’une discipline à l’autre. Par ailleurs, la nouvelle Présidente du Conseil supérieur des programme auditionnée à l’Assemblé nationale a déclaré qu’elle ferait appel à des personnels de terrain avant de préciser que le travail exigeant à fournir ne permettrait pas de faire appel à des professeurs car leur travail ne leur en laisserait pas le temps. Les "personnels de terrain" seront donc limités aux inspecteurs semble-t-il !

Les points précédents reprennent et/ou complètent une analyse plus globale de cette réforme présentée dans le communiqué de presse du SNES-FSU


La mobilisation contre cette réforme reste plus que jamais d’actualité.

Lien vers la plaquette du ministère :

Autres articles de la rubrique Physique-Chimie au lycée : dans la perspective de la réforme