Actualité théâtrale

Jusqu’au 13 avril au Théâtre de la Tempête, partenaire Réduc’Snes

« Protée »

Paul Claudel n’a pas écrit que Le soulier de satin , L’échange et Le partage de midi . Il y a aussi un Claudel très rare, auteur de comédie. Il faut donc remercier Philippe Adrien, de nous faire découvrir cette « farce mythologique » qu’est Protée .

La nymphe Brindosier et sa troupe de satyres est retenue prisonnière par le Dieu Protée sur l’île de Naxos. Quand arrivent Ménélas et Hélène de retour de Troie, Brindosier imagine de se faire passer pour la véritable Hélène afin que Ménélas l’emmène avec ses satyres, abandonnant l’autre Hélène sur l’île. Il y a dans cette histoire des métamorphoses et des personnages classiques de la mythologie et de l’Odyssée. Mais ce qu’en fait Claudel est très réjouissant. On y rencontre un Dieu « de sixième catégorie » qui nourrit des poissons, phoques et morse, une nymphe qui imagine mille combinaisons pour fuir Naxos, un Ménélas stupide et pleutre qui ne lâche pas d’un pouce son Hélène de peur qu’on la lui enlève à nouveau et une Hélène vaniteuse et stupide, qui ne se console pas d’avoir été pendant dix ans coupée des nouvelles modes ! En écrivant Protée , Claudel se réjouissait de déchirer un peu son « auréole d’apôtre » qu’il se plaignait de porter sans cesse. Dans une lettre à J.L. Barrault, il disait son goût pour la farce, qu’il considérait « comme la forme exaspérée du lyrisme et l’expression héroïque de la joie de vivre ».

Avec cette mise en scène de Philippe Adrien, on n’est pas déçu du voyage dans ce Claudel inconnu. L’introduction nous emmène dans un salon du début du XXème siècle où Claudel dîne en compagnie d’invités, dans une ambiance qui évoque le cinéma muet avec ses accélérés, ses ralentis, le disque qui tourne trop lentement avant que la musique ne s’affole. Les personnages penchent puis disparaissent tandis que l’orage gronde et la mer apparaît. Nous sommes à Naxos et la farce peut commencer. Il y a des marionnettes de satyres et de phoques que nourrit un Protée chaussé de palmes, une nymphe facétieuse affublée de petites cornes, un satyre en guêpière, une Hélène qui bute sur Ménélas chaque fois qu’il s’arrête puisque celui-ci a décidé de ne pas la lâcher et un Ménélas matamore armé d’un arc miniature.

Les acteurs sont tout aussi délirants que la mise en scène. Marie Micla campe une Hélène sotte et crédule, imbue de sa beauté et de sa renommée et Éléonore Joncquez une Brindosier dynamique, rouée et imaginative. Jean-Jacques Moreau (Protée), Matthieu Marie (Ménélas) et Dominique Gras (Satyre-major) leur donnent la réplique avec talent.

Comme l’île de Naxos semble flotter sur la mer, le spectateur lui aussi se met à dériver, entre brefs moments lyriques et délire, où le rire emporte tout. Finalement, on peut rire beaucoup avec Claudel !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

Théâtre de la Tempête

Cartoucherie

Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36

www.la-tempete.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Molière »
    C’est dans l’intimité d’un couple célèbre, Molière et Madeleine Béjart que nous invite le dramaturge Gérard Savoisien. On est en 1661, le succès de Molière a été reconnu par le Roi et il est invité à jouer... Lire la suite (11 septembre)
  • « Et si on ne se mentait plus »
    C’est chez Lucien Guitry, au 26 place Vendôme, que se rencontraient, au tournant du XXème siècle pour déjeuner tous les jeudis, ceux qu’Alphonse Allais avait baptisés « les mousquetaires » et qui... Lire la suite (10 septembre)
  • « Pour le meilleur et pour le dire »
    Imaginons une femme hypersensible qui sort d’une histoire d’amour ratée avec un pervers narcissique et qui rencontre un homme vulnérable, amoureux fou d’elle mais qui n’arrive pas à lui confier ses... Lire la suite (6 septembre)
  • « Asphalt jungle »
    Deux hommes désœuvrés sortent de scène à tour de rôle pour frapper quelqu’un. On ne voit pas la victime, on entend juste les coups et les gémissements. Ils demandent ensuite au troisième, un de leurs... Lire la suite (4 septembre)
  • « Tendresse à quai »
    Une jeune femme en tenue de cadre est assise à une table sur un quai de gare. Elle lit un recueil de poèmes de Mallarmé. Un homme arrive et s’assied à une table voisine, l’observe, se dit qu’il a le... Lire la suite (3 septembre)