Actualité théâtrale

Jusqu’au 5 avril 2014, au théâtre de la Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers, partenaire Réduc’Snes.

"Pulvérisés" d’Alexandra Badea. Mise en scène Aurélia Guillet et Jacques Nichet.

Le dictionnaire donne plusieurs sens à "pulvérisé" : ’Réduire en poudre", "battre" et "détruire, anéantir".

En abordant le problème du travail (recherche d’emploi, conditions d’embauche, précarité, souffrance…) en ce début de millénaire, Alexandra Badéa donne écho à chacune de ces définitions.

Un "Responsable Assurance Qualité sous-traitance" à Lyon, un "Superviseur de plateau" à Dakar, une" Opératrice de fabrication" à Shangaï et un "Ingénieur d’études et développement" à Lyon sont les quatre témoins anonymes dont on suit depuis leur réveil et tout au long d’une journée et d’une nuit, l’emploi du temps.

L’auteure les accompagne sur leurs lieux de travail mais également jusque dans leurs chambres ou dortoir.

La course effrénée du profit, la folle circulation des capitaux, la concurrence des marchés mettent à mal une main d’œuvre soumise aux rythmes, à la rentabilité, à la flexibilité et à la précarité et dont on attend une seule chose : qu’elle fasse tourner la gigantesque roue de l’Economie mondiale.

"Pulvérisés" ne répond pas aux canons du théâtral traditionnel. Ici pas de dialogues au sens habituel du terme, pas de récit linéaire démonstratif, pas de découpages en scènes et en actes.

Au lieu d’un face à face dialogué, Alexandra Badéa s’adresse à voix basse à ceux qu’elle vient rejoindre. Elle les tutoie, s’adresse à eux de façon frontale et sans la moindre retenue pour mieux faire entendre à chacun ce qu’il est en train de vivre, de faire ou de penser au moment même où elle le dit…

La violence de fond traitée de façon intime confidentielle et une douceur de ton que relaie une voix "plurielle" font de ce texte qui glisse sans cesse du dialogue au monologue, un poème ordinaire et tragique.

D’une solitude, on passe à une autre solitude et la trame narrative se tisse. Les personnages se distinguent les uns des autres, deviennent petit à petit des silhouettes familières.

Ecrite en vers libres, la voix intérieure des quatre personnes est portée par deux comédiens en harmonie totale avec les méandres du texte.

Agathe Molière et Stéphane Facco se chargent de développer l’imperceptible façon de se révéler de chacun, une lente et presqu’imperceptible montée dramatique.

Les lumières imaginées par Jean-Pascal Pracht, les vidéos magnifiquement picturales de Mathilde Germi, les sons et la musique de Nihil Bordures font, avec les performances d’acteurs, de ce spectacle atypique, un très beau moment de théâtre.

Francis Dubois

Théâtre de la Commune, Centre National d’Aubervilliers

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 48 33 16 16

www.théatredelacommune.com

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