Actualité théâtrale

Du 7 janvier au 8 février au Théâtre Les Déchargeurs

« Putain d’vie » d’après Jehan Rictus

Ce sont les sans-abris, les pauvres, les exclus, les enfants miséreux et mal aimés auxquels les poèmes de Jehan Rictus (1867-1933) donnent voix. Lui-même, mal aimé par sa mère, abandonné par son père, a connu le chômage, la rue, la misère avant de devenir un poète récitant ses poèmes dans les cabarets de Montmartre et les fêtes syndicales et politiques, publié au Mercure de France et fréquentant Steinlen, Apollinaire et Max Jacob. Écrivant dans une langue populaire, vivante, imagée, il s’est voulu un Villon de son époque.
Ses textes, aujourd’hui un peu oubliés, rencontrent pourtant un écho certain dans le monde d’aujourd’hui :
« Merd’ v’là l’Hiver et ses duretés
V’là l’moment de n’p’us s’mett’ à poil
V’là qu’ceuss qui tienn’nt la queue d’la poële
Dans l’Midi vont s’carapater …
Et d’Gibraltar au Cap Gris Nez
Les Bourgeois, l’soir, vont plaind’ les Pauvres
Au coin du feu après dîner »
Parfois tragique, comme dans La jasante de la vieille, où il fait parler la mère d’un guillotiné venant se recueillir sur la tombe de son fils fraîchement inhumé, la critique sociale se teinte d’ironie dans des textes comme Le revenant, où il imagine une rencontre entre un sans abri et Jésus Christ et dans cette prière des Gueux : « Not’ dab qu’on dit qu’êt’s aux cieux, not’ daron qu’est si loin, ne nous laissez pas succomber à la misère….. J’ai soupé des résignés, ta banqu’ d’amour a fait faillite ».
Ce sont ces textes que Didier Perrier adapte et met en scène dans Putain d’vie. Trois comédiens (Dominique Bouche, Chantal Laxenaire et Thibaut Mahiet) leur donnent vie. Vêtus de noir et rouge, allusion aux idées anarchistes, dont Jehan Rictus se sentit proche dans sa jeunesse, ils disent les textes, les jouent, les chantent. Les éclairages font naître une atmosphère de cabaret et l’univers musical que crée Chantal Laxenaire avec son accordéon nous entraîne dans le monde de Jehan Rictus, encore bien présent aujourd’hui pour peu que l’on ouvre les yeux dans la rue ou le métro. Ce n’est pas triste, il n’y a nulle résignation dans ces textes et le plaisir de la langue est au rendez-vous.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h30
Théâtre Les Déchargeurs
3 rue des déchargeurs, 75001 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 08 92 70 12 28

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