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Un film de Bertrand Tavernier (France)

"Quai d’Orsay" Sortie en salles le 6 novembre 2013.

Alexandre Taillard de Worms est ministre des affaires étrangères dans le gouvernement français. Il est grand, beau, il ne manque pas de panache, il est toujours sur la brèche. Il joue avec maestria de ses nouvelles idées qui fusent à chaque instant, parfois fluctuantes, quelque fois contradictoires et manie avec autorité les concepts diplomatiques.

Il surfe sur les dossiers sensibles, de la tribune des Nations-Unies à New-York jusque dans la poudrière de l’Oubanga. Il apostrophe les puissants de ce monde et invoque les grands esprits pour ramener la paix, apaiser les nerveux de la gâchette et justifier son aura de futur Nobel de la paix…

Il s’est entouré d’une équipe efficace, de conseillers dévoués sans cesse sur le qui-vive.

La dernière recrue en date est Arthur Vlaminck, un jeune universitaire préparant une thèse. Il est chargé d’écrire, le plus souvent dans l’urgence, les discours du ministre.

Pour cela il faudra accepter ses consignes pas toujours claires, ses exigences, ses brusques changements d’humeur et surtout, composer avec l’entourage du "prince", quelquefois peu franc de collier.

Bertrand Tavernier n’avait pas opté pour une tâche facile en choisissant de mettre en scène la bande dessinée éponyme de Christophe Blain et Antoine Baudry.

Il a eu dans son projet deux bonnes idées : écrire l’adaptation avec les deux créateurs de l’album et proposer à Thierry Lhermite, en panne de rôles au cinéma depuis quelques années, d’incarner Alexandre Taillard de Worms.

Ainsi, le film, dans l’esprit et dans le rythme, reste très proche de la BD. Une qualité à laquelle le comédien (au meilleur de sa forme) contribue largement. Il donne au personnage du ministre un côté caricatural, bouillonnant tout en conservant à l’homme politique, derrière l’excès, une réelle crédibilité.

Ce cap, que parvient à garder Thierry Lhermite, Bertrand Tavernier le maintient tout au long de son récit sans faillir.

Si on s’amuse des facéties des comédiens, des gags récurrents, on ne perd pas de vue que le film, dans ses emportements, reste sur toute sa durée, un regard sur les rouages internes de la politique tenant à la fois à l’humeur du moment et à la fragilité du pouvoir de décision.

Le personnage d’Arthur Vlaminck, perdu dans ce monde qu’il découvre, qui le dépasse mais dont il finira par faire son affaire, était attendu.

On savait qu’il serait exposé, une proie facile offerte aux caprices du ministre mais également de ceux de tous les conseillers soucieux de leurs privilèges acquis sur la durée, que son personnage de candide vaudrait à Raphaël Personnaz qui l’incarne, toute une gamme de regards étonnés, reflets d’une panique contenue.

Bertrand Tavernier a eu la bonne idée pour nuancer son personnage de novice, de nous le montrer hors ministère, dans l’intimité de son couple.

Sa compagne (toujours merveilleuse Anaïs Demoustier) évolue dans un tout autre univers. Elle est professeur des écoles et pour l’instant, milite avec ses collègues contre l’expulsion d’une famille proche d’un de ses élèves.

Ce rajout qui remet le récit sur le rail de la société française contemporaine, équilibre le film en quittant d’instant en instant, le domaine de la bande dessinée.

Bertrand Tavernier est un réalisateur éclectique qui a, à chaque fois, la main heureuse

"Quai d’Orsay " est à des lieues de ses dernières réalisations, le XVIème siècle de " La princesse de Montpensier" ou la Louisiane de James Lee Burke de "Dans la brume électrique".

Il a cette faculté de prendre à bras le corps le sujet qu’il choisit, de s’immerger totalement avec délectation et une immense intelligence.

C’est peut-être la définition du talent…

Francis Dubois

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