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Un film de Tommy Weber (France)

"Quand je ne dors pas" Sortie en salles le 30 septembre 2015.

Ses vingt ans sont à part égale un atout et un handicap pour Antoine qui décide subitement, un soir d’hiver, de s’en aller voir la mer.

Mais voilà, quand il se présente au guichet de la gare, le dernier train est déjà parti et il ne dispose pas des trente et quelques euros que coûte le billet.

Au cours de la nuit qui le sépare du premier départ du lendemain pour la première station balnéaire venue, il décide de ne pas dormir et de trouver le moyen de gagner la somme d’argent qui lui manque.

Il va faire une série de rencontres et retrouver son copain Diego qui lui confie quelques

"pochons" d’herbe dont la vente pourrait être la solution.

Mais Antoine qui se voudrait malin, n’est qu’un doux rêveur, une sorte de perdant dès qu’il s’engage dans des actions pour lesquelles il n’a pas de vraies dispositions.

Et au terme de cette nuit où il croira avoir rencontré la fille de sa vie, où il croisera la violence, l’espoir et la désillusion, c’est finalement le hasard qui lui donnera les moyens de réaliser son rêve d’évasion…

Cinéma : Quand je ne dors pas

Si l’on s’en tient au résumé du récit, minimaliste et peu original, on a toutes les chances d’imaginer que le film qui suit sera pétri de "déjà vu" et de laisser passer l’occasion.

A quoi tient le miracle qui fait que ce qui aurait pu n’être qu’une pochade, prend au fur et à mesure que le récit avance, une consistance inattendue pour résonner au plus juste, avec une actualité qui met les jeunes d’aujourd’hui face aux difficultés économiques qui les contraignent pour le mieux à la débrouille et parfois les fait basculer dans l’illégalité.

Antoine est un garçon de vingt ans d’aujourd’hui que des contraintes financières ont habitué à réduire ses ambitions à contrôler le cadre de ses plaisirs.

Un mal être le saisit au point qu’il a du mal à côtoyer, ne fut-ce que le temps d’une soirée, ses semblables en âge. Est-ce son projet d’évasion qui le met en décalage avec d’autres jeunes gens qui semblent vivre, eux, dans l’instant et dans l’insouciance ?

Antoine est aussi crédible dans son attitude de retrait que les autres le sont dans une insouciance de façade qui, en dépit de l’aisance et de la joie de vivre affichée, les rend tout aussi pathétiques.

"Quand je ne dors pas" n’est surtout pas un film démonstratif et c’est précisément parce qu’il ne prétend pas établir un état des lieux de la jeunesse actuelle, qu’il ne porte aucun jugement, qu’il résonne parfaitement avec l’actualité et qu’il échappe à tous les poncifs qui menaçaient le sujet.

Antoine, ceux qui font la fête, ceux qui se dopent, ceux qui trafiquent, ceux qui tabassent, ceux qui reçoivent les coups, tous ceux qui hantent les nuits, quand ils apparaissent dans le film, apparaissent-ils comme des représentants de la jeunesse d’aujourd’hui ?

Justement pas et c’est là que réside la force du film de Tommy Weber qui, sous ses airs de petite comédie, en dit long sur une philosophie de la vie dictée par les circonstances et sur le désarroi masqué des jeunes gens face à un avenir tellement incertain.

Juste, pathétique, sans pathos.

A noter la présence d’un jeune comédien qui, bien qu’il en soit à ses premiers essais, fait ici une étonnante composition. Sa présence et son jeu contribuent à la réussite du film.

Francis Dubois

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